Dimanche 19 Mai 2013
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Limoilou M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)



« Limoilou m’enchante » : c’est le nouveau défi de Pierre Jobin, créateur d’un festival de chansons francophones avec des invités des deux bords de l’Atlantique, du 28 septembre au 3 octobre à Limoilou, un des quartiers de la capitale du Québec. Une nouvelle étape dans l’incroyable histoire de ce Québécois de 67 ans dont la vie est depuis près d’un demi-siècle étroitement liée à la chanson francophone. Embarquement immédiat pour un voyage dans le temps et dans l’espace, avec un guide hors-pair dont le destin se conjugue depuis les années 60 avec l’Histoire de la chanson d’expression française au Québec.



Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Ce dossier s'articule en trois parties à découvrir sur ce webmagazine :
- d’abord un regard extérieur sur la vie de Pierre Jobin sur la base de recherches de documents et d'archives personnelles. Soit cet article intitulé LIMOILOU M’EN CHANTE : LE NOUVEAU DEFI DE PIERRE JOBIN (1/3)
- ensuite une série de témoignages recueillis des deux côtés de l’Atlantique et présentés sous le titre CONFIDENCES ET ANECDOTES (2/3),.
La parole est donnée à divers professionnels :
- ALCAZ (VYVIAN CAYOL, JEAN-YVES LIEVAUX), groupe de Marseille chantant en France et dans l'espace francophone d'Amérique du Nord
- RICHARD BAILLARGEON, journaliste, écrivain, créateur de Québec Info Musique
- PATRICK BOEZ, créateur et animateur de l’émission Jambon-Beurre, RFO-Saint-Pierre et Miquelon
- JACQUES BONNADIER, journaliste, écrivain de Marseille
- JEAN-MICHEL BORIS, ancien directeur de l’Olympia, président d'honneur de l'association des Amis de Chorus
- ELIZABETH GAGNON, animatrice et spécialiste de la chanson francophone, Radio-Canada
- HENRI LAFITTE, auteur-compositeur-interprète, organisateur de festivals à Saint-Pierre et Miquelon
- MARC LEGRAS, ancien journaliste de Chorus, auteur de plusieurs biographies d'artistes francophones dont une rédigée avec Gilles Vigneault
- ANNIE ROQUIS-MILLE, présidente de l’association Bernard Dimey, Nogent


Place enfin à une 3ème partie avec un entretien intitulé PIERRE JOBIN A COEUR OUVERT (3/3) : les temps forts d’une conversation entretien téléphonique d’une heure 38 minutes réalisé début septembre 2010.
Histoire d’en savoir un peu plus sur l'histoire hors du commun de ce professionnel de la chanson respectueux des artistes au destin partagée depuis plusieurs décennies entre son Québec natal et l’Europe.

Mai 2008, Festival de Nogent : en compagnie de Bernard Dimey, Claude Brasseur et Michel Simon
Mai 2008, Festival de Nogent : en compagnie de Bernard Dimey, Claude Brasseur et Michel Simon

"Quand on a sa passion comme métier, on n’a plus rien à demander à la vie"

1980, Yverdon, Suisse, avec Claude Leveillé : premier des trois concerts au Théâtre de l'Échandole (Photo collection Pierre Jobin)
1980, Yverdon, Suisse, avec Claude Leveillé : premier des trois concerts au Théâtre de l'Échandole (Photo collection Pierre Jobin)
« J’ai traversé ma vie comme on traverse un rêve ne sachant pas toujours où se portaient mes pas ».
Cette citation de Bernard Dimey est chère à Pierre Jobin. Sans doute parce qu’elle reflète avec bonheur la vie de celui qui affirmait lors de ses «40 ans de chanson partagée… 6,000 spectacles plus loin…, combien de fois le tour du monde… combien de spectateurs … heureux…?
Des milliers de chansons,…des centaines de milliers de kilomètres, des gares, des aérogares, des hôtels : des beaux, des grands, des petits. Des théâtres : des beaux, des grands, des petits. Des cachets : des beaux, des gros, des petits … (payé, pas payé; Steinway, pas Steinway…salut Sylvain)…mais d’abord et avant tout : 40 ans de bonheur inaliénable, indéfectible.
Bien sûr, des nuages noirs assombrissaient parfois mon ciel mais comme on dit dans «la vie est un long fleuve tranquille», les nuages qui passent ne nous concernent pas. Même si souvent« l’avenir était plus rose hier» comme le chante si bien Béart.
C’est mon ami Herbert Pagani qui un jour m’a dit : «Quand on a sa passion comme métier, on n’a plus rien à demander à la vie »Et je crois que c’est vrai. J’ai vécu mes rêves pendant 40 ans sans rien demander d’autre et toujours en considérant que cela était un luxe. J’ai donc, d’une certaine manière, vécu 40 ans dans le luxe. Qui dit mieux ? ».

"Peu de chanteurs réussissent à remplir les salles depuis quarante ans sans aucun soutien médiatique et avec un dilettantisme souriant qui rendrait fous les spécialistes de la communication"

Avril 2010, à Besançon, concert de Graeme Allwright accompagné pour le final par le groupe Alcaz
Avril 2010, à Besançon, concert de Graeme Allwright accompagné pour le final par le groupe Alcaz
Oui, du 28 septembre au 3 octobre, la salle Sylvain Lelievre à Limoilou, Québec, accueille un nouveau festival produit par «Aux oiseaux de passage ». Signée Pierre Jobin, cette première édition met à l’honneur des artistes des deux bords de l’Atlantique : Gilles Vigneault, Graeme Allwright, Stephen Faulkner, Anne-Marie Gélinas, Jehan, Danièle Oddera interprétant des chansons de Sylvain Lelievre. Sans oublier des cabarets d’après-spectacle avec Jehan, les artistes malgaches Erick Manana et Dina Rakotomango et la chanteuse de l’Ile aux Coudres Caroline Desbiens.
Autant d’artistes reflétant en partie l’étonnant parcours de Pierre Jobin, un des témoins et acteurs majeurs de l’Histoire de la chanson au Québec, des années 60 à nos jours.
Voir biographies des artistes sur Québec Info Musique
Humanisme est un des repères dans les choix artistiques de Jobin sur ce festival de Limoilou. Et Graeme Allwright y occupe une place particulière, de par l’amitié développée au fil des ans avec cet artiste francophone dont Pierre connaît bien l’appartement parisien.
Comme le raconte Michel Trihoreau dans Chorus n° 56 (été 2006) sous le titre Graeme Allwright le voyageur de l’humanisme », «tout le monde ne vient pas de Nouvelle-Zélande pour devenir un chanteur français. Peu de chanteurs réussissent à remplir les salles depuis quarante ans sans aucun soutien médiatique et avec un dilettantisme souriant qui rendrait fous les spécialistes de la communication».
Pas étonnant donc que Jobin s’entende si bien avec cet artiste dont le parcours professionnel « est surtout dicté par l’aventure humaine ; les émotions passagères comme les amitiés solides ; les compagnons d’une vie et les nouveaux venus, riches de leurs sources culturelles et de leur générosité ».
On croirait lire une description de Jobin dans ces phrasess de Michel Trihoreau qui estime que « ce qui donne au personnage de Graeme Allwright sa dimension hors du commun, c’est évidemment cet espace vécu à l’échelle planétaire, de Wellington à Londres, de Paris à Calcutta, d’Addis-Abeba à Djibouti ou Tananarive… c’est aussi sa capacité à la fois à prendre du recul, observateur attentif évitant tout jugement définitif, et à s’impliquer en acteur responsable dans des causes généreuses et des combats pacifiques ».

Hommage à Sylvain Lelièvre considéré par Pierre Jobin comme le véritable parrain des Oiseaux de passage

Chorus n° 40, été 2002 : hommage de Pierre Jobin à Sylvain Lelièvre décédé à 59 ans le 30 avril 2002
Chorus n° 40, été 2002 : hommage de Pierre Jobin à Sylvain Lelièvre décédé à 59 ans le 30 avril 2002
La Brique, le Théâtre du Petit Champlain et la Maison de la Chanson ; Les Oiseaux de Passage, le Théâtre de l’Ile d’Orléans : à travers ces repères – et la liste est évidemment loin d’être exhaustive - se dessine le parcours unique à tous les sens du terme d’un Québécois qui aura souvent pris des risques pour mener à bien ses projets, ses rêves.
Et ce n’est pas fini comme en témoigne ce nouveau festival. Jusqu’à présent, Pierre Jobin – qui fut le premier agent de Sylvain Lelièvre – organisait une fois l’an « Salut Sylvain ! », une soirée hommage avec des artistes des deux rives de l’Atlantique.
Pour 2010, la 8ème édition de « Salut Sylvain ! » sera intégrée au festival de Limoilou. Une autre manière d’évoquer la mémoire de cet auteur-compositeur-interprète québécois décédé à 59 ans, le 30 avril 2002 des suites d'une embolie gazeuse cérébrale survenue le 28 avril à son retour des Îles-de-la-Madeleine.
Et de Sylvain Lelievre il sera question à la veille du premier concert de ce festival rendu possible grâce à l’Entente de développement culturel intervenue entre la Ville de Québec et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine ainsi que la participation de la Caisse Desjardins de Limoilou.
Pierre Jobin donne rendez-vous à la bibliothèque Saint-Albert, à Limoilou, de 19 h à 20 h 30 pour une soirée gratuite dans la série « Raconte encore... Sylvain Lelievre, l'enfant de Limoilou ». Une soirée en deux temps, entre projection de film et dialogue avec le public.
D’où l’invitation lancée par les productions Aux Oiseaux de passage qui « proposent une soirée ciné-rencontre autour de l'œuvre de celui que l'on a surnommé avec justesse et fierté « l’enfant de Limoilou ». Dans ce documentaire, Sylvain parle avec chaleur et humour de son travail de création, de ses chansons et de son amour pour le jazz. Une projection suivie d'une rencontre avec Pierre Jobin qui rendra hommage à celui qu'il considère comme « le véritable parrain des Oiseaux de passage ».

"On a l'amour de Limoilou, la passion de Limoilou, la fierté de Limoilou et chacune de nos actions vise à augmenter le sentiment d'appartenance au quartier"

Voilà un bon moment déjà que Pierre Jobin avait envie de passer à la vitesse supérieure, en montant un festival dans son cher quartier de Limoilou. Ce projet ne pouvait se dérouler ailleurs qu’à Limoilou comme le raconte le quotidien Le Soleil, suite à la conférence de presse donnée lundi 30 août par Pierre Jobin à l’Espace Paul-Eugène-Jobin Salle Sylvain-Lelièvre, Cégep de Limoilou.
Et la journaliste Valérie Lesage de citer l’intéressé : «On a l'amour de Limoilou, la passion de Limoilou, la fierté de Limoilou et chacune de nos actions vise à augmenter le sentiment d'appartenance au quartier. Mais évidemment, la fête est ouverte à tous !
Selon la journaliste, « il n'a pas été possible cette année d'aller de l'avant avec l'idée de donner des spectacles dans les résidences pour personnes âgées, mais Pierre Jobin garde le projet en tête. «La chanson a droit à tous les publics et tout le public a droit à toutes les chansons ».
Le festival sera accueilli dans l’ancienne salle de spectacle du Cégep Limoilou rénovée et transformée en salle Sylvain-Lelièvre inaugurée en février 2009 en présence de Monique Vaillancourt-Lelièvre, veuve du chanteur et Gilles Jobin, fils de Paul-Eugène Jobin (rien à voir avec Pierre).
En effet, la salle Paul-Eugène-Jobin en hommage à ce mélomane actif durant 50 ans dans le monde de l'éducation pendant 50 ans, a été transformée et porte à présent le nom du poète-musicien de Limoilou décédé en 2002. «Le plus important lieu de spectacle de ce secteur en effervescence» selon le directeur général du Cégep, Pierre Malouin, lors de son inauguration
D’où ces propos de Monique Vaillancourt-Lelièvre dans la presse québécoise évoquant un souvenir remontant à novembre 1963 : «C'est beau que ça lui revienne parce qu'il a toujours été fidèle à Limoilou, à ses racines. C'est aussi chargé d'émotion parce que moi, j'avais 20 ans quand Sylvain a fait son premier spectacle, dans cette salle-ci.»
Quant à la mémoire de Paul-Eugène Jobin, elle ne sera pas pour autant oubliée : son nom a été donné au nouveau foyer vitré du deuxième étage de l’édifice.
Lors de la conférence de presse du 30 août à l’Espace Paul-Eugène-Jobin Salle Sylvain-Lelièvre, Cégep de Limoilou (Photo Lise Breton)
Lors de la conférence de presse du 30 août à l’Espace Paul-Eugène-Jobin Salle Sylvain-Lelièvre, Cégep de Limoilou (Photo Lise Breton)

Soirée de soutien à Chorus, mardi 13 novembre 2007, à L’Espace France, un espace culturel à présent hélas fermé

Espace France, 13 novembre 2007 : soirée de soutien à Chorus et première rencontre avec Pierre Jobin, ici en compagnie de Steve Normandin et Denis Petermann (Photo Françoise Audet)
Espace France, 13 novembre 2007 : soirée de soutien à Chorus et première rencontre avec Pierre Jobin, ici en compagnie de Steve Normandin et Denis Petermann (Photo Françoise Audet)
C’est évident, Pierre Jobin ne fait rien comme les autres. Toujours prêt à s’enthousiasmer, à militer. A s’engager comme lors de notre première rencontre, mardi 13 novembre 2007, à L’Espace France, un espace culturel à présent hélas fermé qui fonctionnait sous l’égide du Consulat de France, dans la ville de Québec.
De retour de la FrancoFête de Moncton, c’est sur les conseils de Fred Hidalgo - alors directeur de publication et de la rédaction du trimestriel « Chorus, les cahiers de la chanson » fondé avec son épouse Mauricette – que j’avais téléphoné à « Monsieur Jobin », comme je l’appelais alors.
Nous sommes rapidement passés au tutoiement, nous reconnaissant d’emblée nombre de connaissances et d’amis communs établis en France, au Québec et à Saint-Pierre et Miquelon.
Spontanément, avant d’avoir eu vent de ma venue à Québec, il avait décidé d’organiser une soirée de soutien à la revue Chorus alors confrontée à une sacrée tempête. Mon passage dans la capitale du Québec tombait par conséquent à pic !
Le hasard existe-t-il vraiment ? Ce qui est certain, c’est que nous avons immédiatement sympathisé. De surcroît dans un lieu si accueillant et propice aux belles rencontres qui fut durant plusieurs décennies, un haut-lieu de l’expression artistique et culturelle française. Une ambiance dans laquelle Pierre évoluait évidemment sans aucune hésitation.

"Un moment unique, un moment d'entraide, de musique, de découvertes, de souvenirs et de rencontres"

13 novembre 2007, Espace France : soirée de soutien à Chorus avec Steve Normandin et Denis Petermann
13 novembre 2007, Espace France : soirée de soutien à Chorus avec Steve Normandin et Denis Petermann
Et ce soir-là, une nouvelle amitié est née, enracinée combat commun : le soutien à la liberté d’expression de la presse musicale, comme évoqué le lendemain sur le site de soutien à Chorus.
« Mission accomplie pour Pierre Jobin grâce à plusieurs dizaines de personnes venues mardi 13 novembre à l'Espace France qui œuvre essentiellement dans les domaines du tourisme et du cinéma, sous l'égide du Consulat de France de Québec.
Et ce soir-là aussi en faveur de la chanson d'expression française, et plus précisément de Chorus, pour lequel des abonnements ont ainsi pu être collectés.
> Cette soirée de plus de deux heures a débuté par un survol historique de la presse musicale française, belge et québécoise : Pierre Jobin a passé en revue les principaux titres de cette presse aussi variés que fragiles...
Un étonnant voyage dans les trois dernières décennies avec la présentation, exemplaires en main, de « Paroles et Musique » et de Chorus, version en noir et blanc et en couleurs, sans oublier la revue Chanson de Lucien Nicolas prédécesseur de Chorus.
Puis on a évoqué sa situation actuelle, en insistant sur la manière dont Chorus est conçu et réalisé, des réunions de rédaction trimestrielles à la présence sur le terrain, en passant par l'écoute attentive des centaines de CD qui lui parviennent chaque saison. Bref, l'histoire et la vie quotidienne d'un titre absolument unique en son genre dans tout l'espace francophone - constat partagée à l'évidence par toute l'assistance ».
Une assistance dans laquelle se trouvait Sylvie Coulombe, une Québécoise passionnée de chansons qui a transmis le témoignage suivant publié sur le site de Chorus :
« Alors voilà : je vous écris ce petit mot du Québec en ce jeudi soir de novembre, si près de la neige que l'on sent tout près... De la soirée de mardi à l'Espace France à Québec, je me souviens d'un moment unique, un moment d'entraide, de musique, de découvertes, de souvenirs et de rencontres. Ce fut, à n'en pas douter et encore une fois, une soirée mémorable amenée par notre ami si particulier, Pierre Jobin. Et j'ai pensé vous écrire en me baladant sur le site de Richard Desjardins parce que justement, il parle de vous, de la revue Chorus".

"Pierre Jobin est le secrétaire de Félix le gardien, le chien fidèle, l’agent, l’intermédiaire, le chas de l’aiguille, l’homme qui sait"

Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Dès lors, malgré la distance et les fuseaux horaires, nous avons appris à mieux nous connaître. Il faut dire que la vie de Pierre Jobin était pour moi synonyme de multiples points d’interrogations.
D’où l’envie de comprendre l’étrange destin de celui qui apparaît dans nombre de pages de «Félix Leclerc Le Roi Heureux », formidable biographie de 314 pages signée Jacques Bertin (Editions Boréal, Québec).
Sur son site l’association Esprits Nomades basée à Toulouse rend hommage à Félix Leclerc, Jacques Bertin et Pierre Jobin en ces termes : « Jacques Bertin aura écrit un livre définitif sur Félix et Pierre Jobin, secrétaire de Félix et jusqu'il y a peu directeur des Oiseaux de passage, aura poursuivi l'hommage filial à Jacques en l'invitant chaque année à chanter au Québec.
Il faudra s'y reporter pour toute la biographie de Félix depuis ses mille et un métiers jusqu'à sa carrière d'auteur, de fabuliste, d'homme de radio, de dramaturge, d'écrivain surtout. Lui le fou de l'île depuis juin 1946, de l'île d'Orléans, bien sûr, sera sorti de ses forêts sur le tard pour devenir le chantre du Québec.
Les événements d'octobre 1970, lors de l'imposition des mesures de guerres par le gouvernement fédéral à la province de Québec, le blesse et l'indigne. Il prend fortement position du côté de l'indépendance du Québec jusqu'à sa fin ».
Cet ouvrage paru pour la première fois en janvier 1987 et réédité en 1991 tout passionné de chanson québécoise et de chanson d’expression française devrait d’avoir lu.
Le livre de 314 pages débute par ces six lignes : « Il pleut. Du jardin de Jobin, nous ne verrons pas le fleuve, ni la chaîne des Laurentides, là-bas, loin en face. Pierre Jobin est le secrétaire de Félix le gardien, le chien fidèle, l’agent, l’intermédiaire, le chas de l’aiguille, l’homme qui sait. Sa maison est le passage obligé le sas, l’octroi, le seuil. On doit y montrer patte blanche avant de pénétrer chez le patron ».
Une entrée en matière qui en dit long sur une des facettes les plus connues de la vie Pierre Jobin. Ce sera la seule biographie parue du vivant de Félix Leclerc. A cette époque, «Jobin a quarante-deux ans, une barbe, des fiancées éphémères comme des lampions et de l’esprit.
Son dernier mot est destiné à l’immortalité : « Mon amie est si petite que la première fois que je l’ai vue j’ai crû qu’elle était loin ». Nos éclats de rire se mélangent harmonieusement à ceux du moteur ».

"Partout des affiches, des bibelots, des disques témoignent d’une carrière d’agent artistique déjà très longue"

28 février 2008, Limoilou : au coeur des archives de Pierre Jobin (Photo Sylvie Coulombe)
28 février 2008, Limoilou : au coeur des archives de Pierre Jobin (Photo Sylvie Coulombe)
Impossible de ne pas s’entendre avec un tel homme selon Bertin: «Il gère les affaires de Félix depuis 1972 avec une passion filiale et un sens de l’ordre plutôt relatif. Mais ce job ne suffit pas à épouser sa vitalité. Aussi enchaîne-t-il les coups de cœur. Après quatre ans, il vient d’abandonner la direction du Théâtre du Petit Champlain mais conserve le Théâtre de l’île : une grange au milieu de l’île d’Orléans, en pleine campagne. Et ça marche ! Il se multiplie se divise, s’embrouille et s’échappe. Cet après-midi nous irons dans les archives ».
Bertin témoigne des rapports humains tels que les vit Jobin. Inutile de s’embarrasser de longues phrases ; la confiance règne.
D’où ce coup de projecteur sur la maison de l’Ile d’Orléans : « Ce diable à ressort de Jobin habite paradoxalement une maison de bois centenaire, ornée, en temps normal, d’une vue sur le fleuve et, en toute occasion, d’un jardin impeccable.
Le rez-de-chaussée, beaucoup moins impeccable, fait une grande pièce unique surveillée sentencieusement par une escadre de chats. Partout des affiches, des bibelots, des disques témoignent d’une carrière d’agent artistique déjà très longue. Quelques soirs de première achèvent de s’éteindre sur les murs.
Une cloison met à part un minuscule réduit. Pierre ouvre la porte et me montre un classeur à tiroirs. « Tout est là tu m’excuses, j’ai un rendez-vous, je reviens dans une heure. Débrouilles toi ». Disparition de l’elfe barbu».
La publication de la bio signée Bertin ira de pair avec un autre événement : l’inauguration d’une exposition sur les principaux moments de la carrière de Félix Leclerc. On y découvre aussi différents témoignages ainsi que de nombreuses photos inédites.
Cette expo a été présentée pour la première fois à Québec, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, lors du lancement de la biographie de Bertin puis à Pully en Suisse, en 1996, lors de la première édition du festival Pully à l’heure du Québec. Et par la suite dans diverses localités au Québec et plusieurs villes et festivals de France, dont le Festival de Marne, les Nuits de Champagne à Troyes (avec rencontre entre Pierre Jobin et Jean-Michel Boris, l’ancien directeur de l’Olympia) et le Centre de la Chanson, à Paris., dont Jobin fut un des membres du conseil d’administration pendant deux ans. L’exposition fut reprise à Yverdon (Suisse) puis Reulle-Vergy, en Bourgogne et St-Chamond.
Autant d’occasions pour Pierre d’évoquer la mémoire de Félix Leclerc que le biographe connaît depuis 1966 : « A cette époque, j’étais un étudiant chanteur à l’école de journalisme de Lille. (…) Il venait d’épouser Gaétane, de vingt-cinq ans sa cadette et entamait une seconde carrière française avec Jean Dufour, alter ego européen de Pierre Jobin ».

"Félix Leclerc, le seul qui, après chaque spectacle, au moment de me quitter, m’a serré la main en me disant «merci»

Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Confiance sera le mot-clé des relations entre Félix et Pierre comme en attestent ces confidences signées Jobin et reproduits dans la biographie :
« Dix-huit heures et nous reprenons la Renault et la route. J’aime cet homme. A cause de sa dignité, sa distance vis-à-vis du Métier grouillant et veule son exigence de vérité, sa façon pleine d’humour de refuser des compromis. On voit un artiste et on se demande : « Est-ce que je peux vraiment le respecter ? Croire ce qu’il dit quand il parle du bonheur, du courage, du travail ? » On a peur ; je sais, moi, depuis longtemps, que celui-là je peux le respecter. Je ne suis pas le seul. Jobin me crie, dans le tumulte du moteur qui favorise l’expression pudique des sentiments : « Parmi ceux avec qui j’ai travaillé et qui, tous, sont des gens très bien, forcément, c’est le seul qui, après chaque spectacle, au moment de me quitter, m’a serré la main en me disant « merci ».
Je m’en doutais. »
Cette complicité entre Félix Leclerc et Pierre Jobin a été longuement évoqué par François Blain dans un dossier de 23 pages intitulé « Une vie, comme le tour d’une île » dans le trimestriel Chorus n° 4 (été 1993).
Sous le titre « Le dialogue des amoureux », le correspondant du trimestriel au Québec évoquait avec force citations la fraternité entre les deux hommes : «La rencontre-clé de Félix Leclerc et Pierre Jobin fut quasiment accidentelle. Un jour, le représentant de Félix Leclerc en France, Jean Dufour, avec qui Jobin était en relation lui demande de rapporter le costume de scène à son voisin de l’île d’Orléans. De ce premier contact il résulte une tournée de huit jours : Donnez-moi une semaine et vous verrez bien ». Cela durera plus de quinze ans sans aucun papier pour sceller leur association ».
Et François Blain de préciser que « Félix Leclerc a eu trois acolytes principaux dans la gestion de ses affaires artistiques : Jacques Canetti qui l’a fait venir en France en 1950, Jean Dufour qui a pris la relève en 1966 (et jusqu’en 80) et Pierre Jobin qui est devenu le compagnon de route, le régisseur, l’organisateur, à partir de 1973 ».

Le décès de Félix Leclerc le 8 août 1988 marque un tournant décisif dans la trajectoire professionnelle de Pierre Jobin

Fresque des Québécois dans le coeur historique de la ville de Québec : Félix Leclerc au premier plan à droite
Fresque des Québécois dans le coeur historique de la ville de Québec : Félix Leclerc au premier plan à droite
Pour qui désire en savoir davantage sur le compagnonnage de Félix et Pierre, la lecture de cet article de François Blain s’impose.
« A partir du moment où ils ont fait équipe, Félix a donné une centaine de spectacles par an. Depuis la tournée européenne de 1975 (dont quarante soirs au Théâtre Montparnasse) Félix jouait seul comme à ses débuts (sans contrebassiste) et Pierre Jobin s’occupait du reste : organisation, sono, éclairage. Ensemble ils prenaient la route jour après jour. Son homme de confiance en parle avec un évident plaisir ».
Et l’on en apprend un peu plus sur l’emploi sur la vie quotidienne de ces deux Québécois : « On avait des rituels bien précis. Moi, je dormais un peu plus que lui le matin. Lui se levait, allait visiter les cathédrales. Il marchait beaucoup dans la ville. On se retrouvait autour de 10 heures. On partait en voiture pour l’autre ville. On s’arrêtait pour déjeuner. On cherchait toujours un petit hôtel tranquille. On arrivait dans la ville à 16 h. on sortait notre sono. Je distribuais les programmes et on allait souper à 19 h ».
Et encore cette confidence livrée par François Blain expliquant que « Félix Leclerc parlait de Jobin comme de son ange gardien. Lorsqu’on l’interrogeait sur sa relation d’amitié avec lui, Félix évoquait les personnages célèbres de Cervantès ; « Don Quichotte avec son bon gros Sancho Panca qui suivait (…). Il me donnait des nouvelles de la famille. Il prenait le téléphone. Il disait « Je les ai appelés, tout va bien ». Le grand pourfendait les moulins à vent et secouait les chaînes des prisonniers. Pendant ce temps-là, l’autre donnait de l’avoine aux bêtes, il les brossait un peu, les nettoyait … et on repartait le lendemain ».
Selon Francis Blain, le chanteur parlait de lui « comme d’un partenaire qui ne faisait pas un plat des tracasseries usuelles balisant la vie quotidienne de ce métier (« c’est un manque de talent de dire : Ah ! J’ai un problème ») en pensant à toutes celles qu’il réglait pour lui. Puis coquin, il ajoutait : « N’en parlons plus au cas où il écouterait, car ça peut lui monter à la tête, il peut devenir énervé, et puis, il peut arriver des accidents ».
Ces propos cités par François Blain reprennent un extrait d'un programme diffusée sur les ondes de C.I.E..L.-M.F. lors d’une émission spéciale de deux heures animée par Micheline Ricard.
Le décès de Félix Leclerc le 8 août 1988 marque un tournant décisif dans la trajectoire professionnelle de Pierre Jobin : « Avec la mort du poète de l’Ile, ce fut la fin du compagnonnage. Sur fond de mésentente quant à certains choix artistiques, Pierre Jobin a peu à peu quitté lé giron de l’artiste et de la famille ».

Après son départ de la Maison de la Chanson, il produit les tournées québécoises d’Yves Duteil et de Pierre Perret

Aujourd’hui établi à Limoilou, Pierre Jobin n’a en rien perdu de son envie de comprendre, d’échanger, de montrer. Et quand il m'invite fraternellement à découvrir ses archives, c’est la surprise totale. Qualifier cet espace de « caverne aux trésors » n’est pas exagéré : enregistrements sous divers supports (bandes magnétiques, disques, CD), affiches, panneaux, dépliants, dossiers de presse, etc.
Pas étonnant donc, quand on tente de retracer les temps forts de la vie de Pierre Jobin, que l’on se lance dans un passionnant jeu de piste aux multiples détours. Ici rien n’est linéaire, fixé d’avance. Pas d’horaires de bureau ni de plan de carrière. Une aventure professionnelle unique dans l’histoire de la chanson québécoise depuis une cinquantaine d’années. Sans esbroufe ni tintamarre médiatique. Juste l’envie et le besoin d’avancer au rythme de ses coups de cœur, de ses envies de soutenir des artistes d’expression française.
Pas nécessairement ceux qui visent les premières places des ventes d’albums. Plutôt ceux qui s’aventurent sur les chemins de traverses chers à Francis Cabrel.

Comme le raconte L’Informel, publication du centre culturel Frontenac de Kinsgton dans son édition d’octobre-novembre 2006, Pierre Jobin est né à Québec le 21 juillet 1943. Il passe son enfance rue Crémazie, dans la paroisse Notre-Dame du Chemin et son adolescence non loin de l’église Saint-Cœur de Marie. Son père, un marin, décède à la guerre alors qu’il n’a que quatre mois.
« Sa mère, encore vivante, est âgée de 85 ans. Elle n’a jamais eu la chance d’apprendre à lire ou à écrire car elle était l’aînée d’une famille de 14 enfants, et s’est sacrifiée pour permettre à sa famille de s’en sortir comme c’était la coutume. Pierre Jobin est diplômé d’un baccalauréat ès arts à l’ancien collège universitaire Garneau. Il découvre la littérature grâce à André Beaudoin, un professeur qu’il considère encore aujourd’hui comme son maître. Jean-Guy Gaulin, un autre professeur et auteur - compositeur interprète, l’initie à la chanson. Les premiers vrais coups de cœur seront les chansons de Stéphane Golmann et celles de Léo Ferré mettant en musique Les Fleurs du mal de Baudelaire ».
Quelques points de repère s’avèrent indispensables pour cerner cette vie aux allures de puzzle : « « Tour à tour agent artistique, animateur culturel et radiophonique, directeur de théâtre, conférencier, son itinéraire l’a mené aux quatre coins de la Francophonie.
C’est en 1964 qu’il débute en ouvrant « La Brique », une des toutes premières boîtes à chansons de Québec, puis on le retrouve successivement à la direction de « La Halte des Chansonniers » (1965-1967), au Théâtre de l’Ile (1973-1991), au Théâtre Petit-Champlain (1979-1984 et 1989-1996). C’est sous sa direction qu’est fondée la Maison de la Chanson en 1994.
Parallèlement à ces postes de direction, il fonde les Productions Québec, une agence de spectacles résolument francophone qui sera à l’origine de plus de 700 spectacles entre 1967 et 1972. Raymond Lévesque, Claude Gauthier, Monique Leyrac, Claude Léveillée sont du nombre.
De plus, il assure la représentation artistique de Félix Leclerc de 1973 à 1988, date de la disparition du poète. La France, la Belgique, la Suisse font alors partie intégrante de son territoire. Et les actions d’échanges se multiplient.
En 1997 et 1998, après son départ de la Maison de la Chanson, il produit les tournées québécoises d’Yves Duteil et de Pierre Perret. En 1999, il inaugure « Aux oiseaux de passage », un café-théâtre situé au cœur du Vieux-Limoilou où ont été présentés plus de 400 spectacles dont plus de 150 ont été consacrées à des artistes hors Québec.
Pierre Jobin est également le co-fondateur du Festival « Pully à l’heure du Québec » présenté en Suisse à tous les deux ans; il en a assuré la direction artistique en 1996 et en 1998.
En 1989, il se voit remettre la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres par Jack Lang, alors ministre de la Culture de la France.
Enfin, en mars 2004, la colonie artistique, tant européenne que québécoise, se réunit autour de Pierre Jobin à l’occasion d’une soirée hommage célébrant ses 40 ans de carrière et sa contribution exceptionnelle à la chanson d’expression française ».
Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)

«Une soirée avec Félix Leclerc», un film réalisé le 27 janvier 1986, à Québec, à l’occasion d’une soirée bénéfice au profit du Théâtre du Grand Dérangement

27 janvier 1986, Félix Leclerc et Pierre Jobin : extrait du documentaire de 52 minutes
27 janvier 1986, Félix Leclerc et Pierre Jobin : extrait du documentaire de 52 minutes
Bien, nous en savons à présent un peu plus sur cet atypique parcours ainsi défini dans un texte de présentation des soirées « Raconte encore... » proposées en deux parties : projection d’un film inédit sur Félix Leclerc puis rencontre avec Pierre Jobin qui raconte ses 15 ans de tournées avec le chanteur : premières pages d’écriture, débuts à Paris, grandes amitiés, premières tournées européennes, retour au pays, amour du Québec.
Dans ce film de 52 minutes, Félix se raconte et répond aux questions de l’assistance. Intitulé « Une soirée avec Félix Leclerc », ce film a été réalisé le 27 janvier 1986, à Québec, à l’occasion d’une soirée bénéfice au profit du Théâtre du Grand Dérangement.
« Ca a été la dernière sortie publique de Félix Leclerc » précise Pierre Jobin, en qualité de fondateur et directeur artistique des Productions Aux Oiseaux de passage. Un document exceptionnel, d’où ces précisions : « Le fait que ce soit son ami Pierre Jobin qui dirige la soirée et anime l’entrevue permet à l’artiste de se sentir en toute confiance et de se laisser aller en s’adressant au public comme à un ami. Jamais Félix ne s’est présenté ainsi. C’est sûrement ce qui le distingue de tout ce qui a été fait avant ».
Selon Pierre Jobin, ce film «s’inscrit parfaitement dans la mission et le plan de diffusion des Oiseaux de passage.
Le film «Une soirée avec Félix » est un exemple de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine chanson; d’abord par son contenu, Félix racontant lui-même une grande partie de sa carrière et de son œuvre, et par l’incorporation à l’intérieur du film de documents d’archives privés : extraits d’une rencontre avec Brel ; Félix chantant sur le parvis de Notre-Dame de Paris ; texte extrait d’un récital unique présenté en France ».
Le fait que le film soit présenté par Jobin lui confère un relief particulier. Cette «rencontre avec l’un des plus grands et des plus authentiques chansonniers et poètes québécois » suscite évidemment interrogations et commentaires à l’issue de la projection.
« Sa valeur réside également dans la VÉRITÉ des propos puisque c’est un peu Félix par lui-même. Rien ne saurait donc y être mis en doute. Le fait que ce film représente la DERNIÈRE SORTIE PUBLIQUE de Félix ajoute encore à son intérêt et à sa valeur. En effet, il n’existe aucun papier de presse significatif ultérieur à la soirée, c’est-à-dire entre le 28 janvier 1986 et le 8 août 1988, jour du décès de l’artiste ».

Bruno Brel : "Pierre Jobin est devenu mon agent artistique pour le Canada. Mais il est aussi et avant tout un véritable ami"

Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Ce film sur Félix Leclerc, Pierre Jobin le présentera en diverses circonstances au Québec - bien sûr - mais aussi en France et en Suisse.
Et en Belgique comme en témoigne en novembre 2006, un appel lancé via internet par Bruno Brel au sujet de la présentation de ce document au Café de la Rue », « chouette petit lieu bruxellois ». Voir le site
Et le neveu de Jacques Brel d’expliquer : « J'ai, récemment, mis sur pied une mini-tournée de projection vidéo dont le sujet n'est autre qu'une heure de confidences du grand Félix Leclerc. Ce document inédit et exceptionnel est présenté par Pierre Jobin qui, durant 15 ans, a été le secrétaire mais aussi le compagnon de route, le chauffeur, le technicien, etc.... du grand artiste québécois. Or, il se fait que bien des années plus tard, Pierre Jobin est devenu mon agent artistique pour le Canada. Mais il est aussi et avant tout un véritable ami.
Ce samedi 25 novembre à 20h30', Pierre Jobin présentera son film en exclusivité à Bruxelles dans le cadre exceptionnel d'un vieux café bruxellois : Le "Café de la Rue" à Molenbeek-St-Jean, 30 rue de la Colonne.
Cette organisation ayant vu le jour en toute dernière minute, l'information a été difficile à diffuser et nous serions tout tristes de devoir annuler ce beau moment d'amitié. Aidez-nous à remplir ce petit lieu sympa ! Après la projection de ce document magnifique, nous boirons le verre de l'amitié entre nous et en compagnie de Pierre Jobin ».

Une dizaine d’expositions sur la chanson et ses auteurs : Félix Leclerc, Sylvain Lelievre, Jean-Pierre Ferland, Gérard Thibault

A l’occasion du 20ème anniversaire de ce décès le quotidien Le Soleil livrait, le 4 août 2008, d’intéressantes anecdotes sur la complicité tissée entre Félix et Pierre Jobin qui a travaillé avec lui de 1973 à 1988.
Selon cet article signé Geneviève Bouchard, quand Jobin offre ses services à Félix Leclerc, « ce dernier ignorait combien de disques et de livres il avait vendus. Il ne recevait de droits d'auteur que pour une fraction de ses pièces jouées et ses spectacles chez nous se faisaient parfois rares. «Il m'a dit : Je ne serai peut-être pas une bonne affaire pour toi. Des fois, je suis six mois sans chanter ».
Au début des années 70, « Pierre Jobin pratiquait son métier depuis une dizaine d'années, mais loin de cette «ligue nationale» que représentait un artiste de l'envergure de Félix, un artiste à la fois très populaire, mais excessivement discret. «Quand il donnait des entrevues, il n'arrêtait pas de parler pour qu'on lui pose moins de questions!» (…) «Félix, c'était aussi un écrivain. Il n'avait pas besoin de la foule. Quand c'était le temps d'être chanteur, il jouait bien son rôle, il était poli. Mais quand c'était fini, il rentrait chez lui dans sa vie privée.»
Et la journaliste de rappeler qu’avant de gérer ses droits d'auteur et son agenda, « c'est d'abord à titre de régisseur pendant une tournée européenne que Pierre Jobin a collaboré avec Félix Leclerc. La complicité a été immédiate entre les deux amoureux de la chanson et celui qui dirigera plus tard le théâtre Petit Champlain a pu constater le pouvoir d'attraction du poète. Pourtant, Félix faisait bien peu de cas de la grandeur des salles où il se produisait : «Un soir, il chantait à la Place des nations devant 12 000 personnes et le lendemain, il jouait dans une petite boîte de 80 places à Beauport. Ce n'était pas différent pour lui, même si le cachet, lui, était 25 fois moins grand. Pour lui, c'était quand même une invitation.»
Les Productions aux Oiseaux de passage ? C’est l’appellation sous laquelle, depuis plusieurs années, que Pierre Jobin diversifie ses initiatives. Il s’agit d’un « organisme culturel sans but lucratif axé sur la diffusion de la chanson vivante francophone et la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine chanson ».
Vaste programme assurément ! Et Pierre de préciser que « ces objectifs sont atteints par la production de spectacles et par la réalisation de différentes actions susceptibles de valoriser le patrimoine chanson ». Et de citer nombre d’exemples, dont une dizaine d’expositions sur la chanson et ses auteurs : Félix Leclerc, Sylvain Lelievre, Jean-Pierre Ferland ainsi que Gérard Thibault dont il sera question plus loin dans cet article. Il est aussi question d'édition ou réédition phonographique : Stéphane Golmann, un des pionniers de Saint-Germain-des-Prés; Jehan chante Dimey, poète disparu en 1981; Jean-Claude Darnal, Jacques Bertin, Jean-Marie Vivier, Bruno Brel, etc.
La réalisation de films est un autre aspect des Oiseaux de Passage : « Une soirée avec Félix Leclerc » ; «Claude Léveillée raconte Piaf », etc.
Reste ce que l’intéressé définit comme « la principale activité de mise en valeur du patrimoine chanson : la mise sur pieds d’un fonds d’archives Pierre Jobin, réalisée avec la collaboration des Archives nationales du Québec. En juxtaposant ce fonds à celui de Gérard Thibault, c’est toute l’histoire de la chanson à Québec qui deviendra disponible au public ».
Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)

"A l'époque, il n'y avait que par la scène qu'on existait; on ne faisait pas de disques comme maintenant; ça arrivait lorsqu'on était connu, après plusieurs années de métier, contrairement à aujourd'hui"

1978, Grasse, France  en compagnie de Jean-Paul Filion, chanteur et peintre québécois
1978, Grasse, France en compagnie de Jean-Paul Filion, chanteur et peintre québécois
Il est vrai que Gérard Thibault occupe une place à part dans le parcours de Pierre Jobin. Voir biographie détaillée sur le site de L’Ordre national du Québec
On y apprend qu’en 1995, Charles Trenet a lancé un album dans lequel il consacre à Gérard Thibault une partie de la chanson Hélicoptère : « un émouvant témoignage du « fou chantant » : « Il fait beau/ Chez Gérard Thibault/ Où Rozon/ N'est qu'un p'tit garçon/ Café d'la gare/ Fumée de cigares/ Les rimes fusent »).
Gérard Thibault aura été « l'un des plus grands passionnés de chanson que la Vieille Capitale ait connus. Homme d'affaires et fondateur de nombreux cabarets, il a aussi fortement contribué à inscrire Québec sur l'itinéraire de plusieurs artistes européens et américains ».
Cette affirmation date de septembre 2003, lors de sa disparition à 86 ans : elle est signée Patrick Ouellet, du site Québec Info Musique lancé par Richard Baillargeon, auteur de « 401 petits et grands chefs-d’œuvre de la chanson et de la musique québécoises" (voir l’article paru sur ce webmagazine le 5 avril 2010).
Ce site publie un texte entre hommage et évocation historique de « son disciple et ami Pierre Jobin, ancien agent de Félix Leclerc et propriétaire du café-théâtre Aux oiseaux de passage ».
« Il a acheté un restaurant qu'il a rebaptisé Café Chez Gérard et a commencé par quelques petits spectacles en 1948, puis il a eu un coup de chance initial extraordinaire; c'est Trenet qui est passé et qui a dit: "Je veux chanter chez vous." (….) Après Chez Gérard, il y a eu Chez Émile qui a ouvert un petit peu plus tard, il y a eu la Porte Saint-Jean, il y a eu la Page Blanche et la Boîte à chansons, et tout ça a évolué simultanément pendant quelques années; la Boîte à chansons a duré 4 ans, et les autres au moins 10, 15 ans. C'est rare, ça. (…) ; il a créé les premiers ponts directs avec la France et les États-Unis, puis a négocié directement avec eux pour faire venir des spectacles à Québec, ce qui pour l'époque était fabuleux. Il a fait venir des artistes comme Édith Piaf à la Porte Saint-Jean. Un petit peu plus tard, Brassens a chanté Chez Gérard, comme plusieurs grandes vedettes françaises de l'époque. À un point tel qu'il a presque fait de Québec la banlieue de Paris! Il a vraiment travaillé très, très fort ».
Et Pierre Jobin de préciser : "Si je pouvais lui parler aujourd'hui, je lui dirais d'abord merci pour tout ce qu'il a fait pour les jeunes artistes et les débutants, avec la Page Blanche puis la Boîte à chansons. C'était deux petits lieux qui accueillaient des gens pas très connus, qui en étaient à leurs débuts. Ça permis à plusieurs jeunes auteurs-compositeurs d'avoir accès à une première scène. Parce qu'à l'époque, IL N'Y AVAIT QUE PAR LA SCENE QU'ON EXISTAIT. On ne faisait pas de disques comme maintenant; ça arrivait lorsqu'on était connu, après plusieurs années de métier, contrairement à aujourd'hui...
D'où cette évidence : l'évocation de l’œuvre de Gérard Thibault, et des premières « boîtes à chansons » permet de situer l’histoire de Pierre Jobin. Lui aussi aura été, quelques années après Gérard un efficace artisan en faveur des artistes d’expression française, notamment au Théâtre de l’Ile d’Orléans, au Théâtre du Petit Champlain, Aux Oiseaux de Passage.

En 1964 il fonde sa première boîte à chanson La brique au 2e étage du centre Mgr Marcoux

Avec Pierre Calvé (Photo Elizabeth Gagnon)
Avec Pierre Calvé (Photo Elizabeth Gagnon)
Revenons un instant sur les boites à chanson qui ont marqué l’histoire artistique du Québec et déterminé les premiers pas de Jobin dans le monde de la chanson.
C’est en 1964, en compagnie de Céline Côté, qu’il fonde sa première boîte à chanson «La brique» au 2e étage du centre Mgr. Marcoux.
Tous les dimanches soirs, spectacle garanti : Louis Cournoyer, Lawrence Lepage, Jean-Guy Gaulin, Yolande B. Leclerc, Sylvain Lelièvre et Yves Albert sont les accompagnateurs de ses premiers pas dans le métier. Puis viennent les autres vedettes de l’époque : Pierre Calvé, Raoul Roy, Claude Gauthier, Jacques Blanchet, Tex, Alexandre Zelkine, etc.
Puis dans les années 66-67 ce sera l’aventure de «La halte des chansonniers», au 17 rue Couillard dans le quartier latin. « Je suis le premier à accueillir une certaine Diane Dufresne à son retour de Paris et dont le répertoire d’alors est totalement Rive-gauche. Puis-je vous confier un secret : Je n’ai jamais entendu quelqu’un chanter «les amours de mes veilles» de Jacques Blanchet aussi bien que Diane Dufresne à l’époque ».
Année décisive que 1967 : « Le mal est fait, ma décision est prise, le Québec perdra un des ses plus talentueux professeurs tant pis : JE CHOISIS LA CHANSON. Et c’est auprès de Pierre Calvé déjà vieux routier, que je découvre le goût de la tournée et celui du. …rhum. Je m’initie alors au rôle d’agent artistique et de régisseur. Nous enfilons tournée sur tournée : Gaspésie, Saguenay, Côte Nord, Mauricie, Abitibi, Ouest canadien, Ontario, Louisiane, Les Provinces Maritimes, etc. Que de souvenirs heureux !
De fait, j’ai connu l’époque des boîtes à chansons comme pas un. C’est là où j’ai appris les premiers rudiments de mon métier. Et c’est grâce à Calvé si je peux aujourd’hui joindre ma voix à la sienne et chanter ce refrain nouveau qu’il a composé : «les plus belles années de ma vie…»
Je connaissais bien la chanson québécoise et de mieux en mieux la chanson francophone. A cette époque j’ai décidé qu’il était temps d’agrandir mes rêves. Je commence mes premières productions européennes : Anne Sylvestre d’abord, puis Ricet Barrier, Barbara, Eva et Jazz guitare Bach. La route devient trop attirante pour s’arrêter là ».
Une route qui va croiser cette de Félix Leclerc en 1973. En reprenant la direction du Théâtre de l’Ile d’Orléans (ancien Galendor, Pierre est régulièrement en rapport avec Félix Leclerc : « Qui plus est, je travaille depuis quelque temps de façon purement indépendante avec Jean Dufour avec lequel je produirai notamment Henri Des à l’époque où il chantait pour les adultes et Sébastien Maroto célèbre guitariste classique. Or, Jean Dufour est aussi l’agent artistique de Félix en Europe".
Et Pierre Jobin d'ajouter :"Commence alors une exceptionnelle aventure qui va m’ouvrir les portes des plus grands théâtres d’Europe et me permettre de pousser un peu plus loin mon rêve. J’exerce, tour à tour, aux côtés de Félix les fonctions d’agent, de secrétaire, d’administrateur de tournées, de chauffeur… bref, tout sauf chanter. Que de beaux voyages sur les routes de la vieille France, de la Belgique et du pays helvète.
Tous les deux côte à côte des mois durant. C’est le temps des confidences. Je fais souvent parler Félix de ses débuts, de ses amis d’alors, de ses découvertes… et j’emplis ma boîte à souvenirs.
Que de personnages célèbres, d’artistes, d’écrivains, de comédiens rencontrés grâce à lui au fil des ans; que de plateaux de télévision nouveaux pour moi, bref 15 années de bonheur que je n’échangerais pour rien au monde ».
Au début de son épilogue dans «Félix Leclerc D’une étoile à l’autre » (Christian Pirot éditeur, 1998), Jean Dufour raconte : « il a beaucoup neigé sur l’Ile d’Orléans. Je suis venu rencontrer Pierre Jobin. Nous avons travaillé ensemble, écouté des chansons et il m’a offert l’hospitalité de sa grande et pittoresque maison de bois. Catherine Sauvage m’a précédé de quelques jours et l’on se prend à rêver de ces étranges voyageurs venus de si loin pour célébrer au bout du monde une passion commune pour la Chanson ».
Tout est blanc et silencieux. Etonnement du matin quand la neige a tout effacé et vient à l’assaut des fenêtres, et cette sensation d’un calme ouaté qui règne alentour.
La maison n’a pourtant pas cessé de vivre. Le grand poêle qui trône dans la salle à manger veille sur la vie. Les chats connaissent parfaitement le rayonnement de la chaleur et savent en exploiter les rayons les plus favorables. Pierre a préparé la couche où la chatte viendra bientôt se libérer de ses petits ».

"Un appel téléphonique d’un certain Gerry Paris me propose de reprendre la destinée du Théâtre Petit Champlain et m’invite à visiter l’état des lieux"

En compagnie d'Yves Duteil et son épouse Noëlle à la Maison de la Chanson (Photo collection Pierre Jobin)
En compagnie d'Yves Duteil et son épouse Noëlle à la Maison de la Chanson (Photo collection Pierre Jobin)
Autre date importante pour Jobin : l’année 1979. « Un appel téléphonique d’un certain Gerry Paris me propose de reprendre la destinée du Théâtre Petit Champlain et m’invite à visiter l’état des lieux. Je n’avais jusqu’alors jamais anticipé diriger un théâtre en permanence.
Tout au long de la visite je sens un poison s’infiltrer en moi, une certaine fébrilité s’installe sournoisement. Je suis fait. Impossible de dire non même si le défi est de taille. Un autre rêve commençait et qui allait durer près de 15 ans, avec une interruption de trois années (1986-87-88).
Je me suis fait la promesse de recréer un lieu ouvert à la chanson et d’y inviter presque tous les artistes en marge de l’industrie, tous ceux de la francophonie qui ont une œuvre inscrite ou à inscrire dans le cœur des gens.
Et ils sont légion à répondre à l’appel. Areski-Fontaine, Caussimon, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Anne Vanderlove, Jacques Douai, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Herbert Pagani, j’en passe… et des meilleurs comme dit le dicton.
Le Québec n’est pas en reste : Michel Conte, Alexandre Zelkine, Monique Leyrac, Claude Léveillée, Jacques Michel, Pauline Julien, Lawrence Lepage sont de la partie. Il en voit ce vieux théâtre comme pas un. Je fonctionne à l’urgence de l’instinct plus qu’à l’intelligence.
Québec, en ces années, est plus que la banlieue de Paris; Québec est la capitale de la chanson francophone .Rien ne m’arrête. Fonce toujours ça passe… Et quand ça ne passe plus on regroupe sur une même scène Félix, Gilles et Claude, on y ajoute un peu de Le Sauteur et on remet le bateau à flot pour quelques années.
Mon plus beau souvenir du Petit Champlain demeure celui de la première époque (79– 84) même si l’aventure des années 89-94 est exceptionnelle et mènera à la création de la première Maison de la Chanson de l’espace francophone ».

La carte ô combien symbolique de membre n° 1 de la première Maison de la Chanson de l’espace francophone. Officiellement pour services rendus à la chanson depuis la création de Paroles et Musique en 1980»

Pierre Jobin et Luc Plamondon (Photo collection Pierre Jobin)
Pierre Jobin et Luc Plamondon (Photo collection Pierre Jobin)
« Dans ma maison d’amour Quand le Québec met la chanson en maison » : sous ce titre, Fred Hidalgo consacre dans Chorus n° 10 (hiver 994-95) un reportage de trois pages à l’histoire de la première Maison de la Chanson de l’espace francophone : « un complexe bâti à partir du Théâtre du Petit Champlain, si cher à Félix ».
« Juste avant l’entracte, Pierre Jobin annonce la création de la confrérie des Compagnons de la Maison de la Chanson … et appelle votre serviteur sur scène pour lui remettre devant la docte assemblée – Premier Ministre, Luc Plamondon et Raymond Lévesque y compris ! - la carte ô combien symbolique de membre n° 1 de la première Maison de la Chanson de l’espace francophone. Officiellement pour services rendus à la chanson depuis la création de Paroles et Musique en 1980 ». Si, si avec applaudissements nourris à la clé ! »
Des applaudissements qui seront tout aussi nourris en ce mercredi 29 septembre à Paris, aux Trois Baudets à l’occasion des distinctions décernées à Fred et Mauricette Hidalgo et remises par Jean-Michel Boris : les voici à présent Chevaliers dans l’Ordre nationale du Mérite des Arts et Lettres pour leur « contribution à la culture de notre pays » !
Les trois Baudets – Le Théâtre du Petit Champlain : rien de tel qu’une citation aux allures de passerelle sans frontières signée de Félix Leclerc et datant du 10 février 1983 pour définir l’âme du lieu dirigé par Pierre Jobin ! Une citation reproduite par Fred Hidalgo (Chorus n° 10): « Les Trois Baudets étaient le théâtre de prestige des années 50 à Paris. D’y jouer ouvrait à l’artiste toutes les salles d’Europe. En Amérique, cette référence s’appelle aujourd’hui Le Petit Champlain. Dont je suis avec fierté le parrain ».
Ce fameux 24 mai 1982 – comme le raconte Fred Hidalgo - le Théâtre du Petit Champlain ouvert à la chanson quelques années auparavant par Pierre Jobin est « en pleine effervescence. Croulant sous les difficultés financières, cette petite salle de 150 places située dans le vieux quartier de Québec, est plus que jamais le haut-lieu de la chanson d’expression française. Ce jour-là, les télégrammes de soutien affluent de partout, de part et d’autre de l’Atlantique.
Beaucarne, Sarcloret, Louka, Théraulaz, Areski et Fontaine, Prucnal, Debronckart, Michèle Bernard, Cabrel, Herbert Pagani, Vaucaire, Pia Colombo, Mayereau, Bertin, Vivier, Sommer, Vanderlove, Moustaki, Bühler, Authier … tous et bien d’autres encore sont passés dans ce port d’attache de la chanson francophone d’Amérique du Nord.
« Si le Petit Champlain devait fermer ses portes, écrit Jean-Roger Caussimon, nous perdrions une escale rare de rencontre et d’échanges d’idées, un dernier îlot d’amitié et pour tout dire de liberté".

La création de la Maison de la Maison sera à l’origine d’un cocktail donné à Paris, deux mois plus tard, le 14 octobre 1994 à la Délégation générale du Québec

14 octobre 1994, Délégation générale du Québec à Paris, artistes et professionnels réunis autour de Pierre Jobin pour célébrer le lancement de la Maison de la Chanson (Photo collection Pierre Jobin)
14 octobre 1994, Délégation générale du Québec à Paris, artistes et professionnels réunis autour de Pierre Jobin pour célébrer le lancement de la Maison de la Chanson (Photo collection Pierre Jobin)
Et voilà pourquoi ce «24 mai 1982, Le Petit Champlain « devient le saint des saints de la chanson québécoise : à 20h30 un gala exceptionnel de soutien réunit, sur la même scène, Félix Leclerc, Claude Léveillée et Gilles Vigneault (…) Ce soir-là, Le Petit Champlain livrera « un des plus grands moments du spectacle au Québec ‘La Presse de Montréal). »
« Le 5 juin dernier, l’association France-Québec fêtait les trente ans d’activités artistiques de Jobin : c’est en effet le 6 juin 1964 que celui-ci fondait La Brique, une des premières boîtes à chansons de Québec ».
Et Fred Hidalgo de préciser (Chorus n ° 10, hiver 1994-95) : "Après une dizaine d’années en travail solitaire, Pierre Jobin s’est adjoint la collaboration d’Ulric Breton, ancien directeur administratif du Grand Théâtre de Québec, de Claude Côté, avocat, et de Marie-Pier Bédard, vice-présidente de la Coopérative des artisans et commerçants du Quartier Petit Champlain et a fondé avec eux en 1990 les Productions Dua, l’association destinée à développer le projet de Maison de la Chanson ».
Un projet ambitieux ainsi évoqué par Fred Hidalgo : « Le gouvernement québécois d’attribuer au lieu une subvention de deux millions de dollars ( !) pour le transformer à l’initiative de Pierre Jobin et de son équipe (forte du partenariat intelligent des commerçants du quartier) en future « Maison de la Chanson ». (…) Il aura fallu deux ans de travaux pour aboutir, à l’automne 94, à ce superbe complexe bâti autour du théâtre, légèrement agrandi rénové et doté des équipements techniques les plus raffinés ».
La création de la Maison de la Maison sera à l’origine d’un cocktail donné à Paris, deux mois plus tard, le 14 octobre 1994 à la Délégation générale du Québec.
Autour de Pierre Jobin s se retrouveront de nombreux artistes français et québécois ainsi que des professionnels tels Jean-Louis Foulquier (France-Inter), Jean-Michel Boris (directeur artistique de l’Olympia), René Angelil accompagné de Céline Dion, ou venu en fauteuil roulant Jean-Pierre Brun, manager de Nougaro pendant quelques années.
« J’ai envoyé à Sylvie Girard de la Délégation toute la liste la Délégation toute la liste des artistes qu’on avait reçus. Elle a appris que Céline Dion était à Paris pour un enregistrement, et elle lui a proposé de venir. Il y a eu près de 300 personnes à cette belle soirée. 95% des artistes présents ce soir-là étaient venus au Petit Champlain : Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Pierre Barouh, Yves Duteil, Jean Sommer, et tant d’autres ! ».

"Je quitte le Petit Champlain avec le constat de n’être pas allé au bout d’un projet porteur : l’implantation d’une véritable Maison de la Chanson"

Avec Renée Marcoux, et Isabelle Mayereau, aux Oiseaux de Passage
Avec Renée Marcoux, et Isabelle Mayereau, aux Oiseaux de Passage
Pourtant en 1996, Jobin «ferme la porte sur le rêve. Je quitte le Petit Champlain avec le constat de n’être pas allé au bout d’un projet porteur : l’implantation d’une véritable Maison de la Chanson comprenant une scène pour la chanson vivante et un centre de documentation et d’archives, sorte de mémoire vivante d’un patrimoine chanson ».
En quittant la Maison de la Chanson, Jobin change de vie, tout en continuant à vivre par et pour la chanson. « En 1999, je vis tranquille, tantôt ici, tantôt en Europe. Je développe de nouveaux contacts, de nouvelles amitiés. Je produis à nouveau quelques tournées : Yves Duteil, Pierre Perret ; j’initie grâce à mon ami Michel Sandoz quelques opérations heureuses avec la Télévision Suisse Romande, bref un état de bonheur permanent, paisible et calme.
Mais voilà que soudainement tout bascule. Arrivent les Oiseaux de passage. Fini le calme, la douce quiétude, bienvenue l’effervescence, la fébrilité. Renée, ma compagne et moi décidons de nous investir dans la création d’un café-théâtre au cœur du Vieux-Limoilou.
Nous créons de toutes pièces et sans aucune autre aide que de nous-mêmes et de nombreux bénévoles un tout petit lieu de 80 places. Je suis alors loin de penser que ce petit lieu va devenir un véritable petit centre de la chanson.
Jamais auparavant je n’ai vécu de façon aussi intense ce rapport avec les artistes et le public. Limoilou nous sourit à tous les jours. Sylvain Lelièvre, Clémence Desrochers sont nos anges gardiens et fidèles ambassadeurs, Élizabeth Gagnon, la voix amie de nos grands événements ».

"On ressent un réel bonheur à partager la vie et notamment ces deux trois jours chez Pierre Jobin et Renée sa compagne"

Québec, juillet 2007, devant l'Intendant avant un concert d'Alcaz, Pierre Jobin en compagnie de plusieurs amis dont Pascal Gelinas, Nicole Giguère, Vyvian Cayol, Christian et Fanny Hee, Renée Marcoux (Photo Jean-Yves Liévaux)
Québec, juillet 2007, devant l'Intendant avant un concert d'Alcaz, Pierre Jobin en compagnie de plusieurs amis dont Pascal Gelinas, Nicole Giguère, Vyvian Cayol, Christian et Fanny Hee, Renée Marcoux (Photo Jean-Yves Liévaux)
Plusieurs artistes français témoignent sur leurs sites de leurs passages sur les scènes dirigées par Jobin et sur l’amitié nouée avec lui. Tel Ricet Barrier évoquant sur son site « Pierre Jobin ... et Renée. Un vrai Québécois et une femme adorable. Il était le secrétaire de Félix Leclerc et c'est grâce à lui que depuis une trentaine d'années, je vais saluer mes cousins Québécois ».
Autre témoignage de l’attention portée par Jobin aux artistes évitant les sentiers battus, en juin 2002 sur le site culturel Voir: « Il y a deux ans, Pierre Jobin lançait à Eva l'idée de monter un hommage à Marlene Dietrich. Par fidélité à l'instigateur du projet, c'est chez lui, aux Oiseaux de passage, qu'elle présente ce spectacle pour la toute première fois. Comme Marlene Dietrich, Éva est née à Berlin. Comme elle aussi elle chante en allemand, en français et en anglais et toutes deux ont vécu l'exil, une vie de mouvance entre l'Allemagne, la France et l'Amérique.
(…) Sur scène, l'hommage prendra la forme d'une suite de 22 chansons et de moments narrés, et ce, suivant une trame chronologique de la vie de Dietrich. Parmi près de 200 chansons que la star a chantées, Éva a choisi celles qui illustrent cette vision d'une artiste conséquente, mais également celles qu'elle affectionne particulièrement et dont elle serait capable de rendre l'âme initiale tout en recréant quelque chose de nouveau. Car ni elle ni Alain Lecompte, le musicien qui l'accompagne, n'ont aspiré à rendre avec exactitude ce que la diva effectuait autrefois, sans toutefois s'en éloigner trop ».
Amitiés sans frontières, c’est une des clés de l’histoire de Pierre Jobin comme le laisse apparaître le 18 août 2008 un texte de Jean-Yves Liévaux sur le blog d’Alcaz
« On aura passé l’après-midi de ce samedi à flâner dans le vieux Québec et sous un soleil d’amour éblouissant. Une bien belle journée.
Ce matin au réveil, on se disait que malgré la fatigue qui gagne du terrain, on ressent un réel bonheur à partager la vie et notamment ces deux trois jours chez Pierre Jobin et Renée sa compagne. Limoilou … Même si on ne les voit pas beaucoup, ils sont présents. Quelle générosité ces deux oiseaux là ! Quelles attentions envers nous, envers l’artiste et ses espaces. Pierre comprend tout cela avec son cœur, pas besoin de mille mots, ça se sent, il sent, il ouvre les bras, il accueille l’être dans ce qu’il est, va se mettre sur le même fil pour le même chant ».

"Jobin prétend que Sandoz a trois passions : les bouquins, le Québec et Darnal. Ce qui pour un Suisse, est méritant ! Ils ont donc parlé de moi entre eux"

Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Et ces amitiés sans frontières cultivées par Pierre Jobin sont également à l’origine de belles réalisations artistiques. En témoignent les confidences recueillies par Serge Dillaz (Chorus 41, automne 2002) dans un entretien de huit pages.
Evoquant la genèse du CD Nature sorti en 2001, Jean-Claude Darnal reconnaît que « cet album, d’ailleurs, est le fruit d’une rencontre. Grâce à la littérature je suis revenu à la chanson. Du moins à l’interprétation. Je m’explique. Pierre Jobin je l’ai connu par l’intermédiaire de Michel Sandoz qui, entre parenthèses, a été aussi à l’origine de la réédition de Ce soir on joue Guignol. Jobin prétend que Sandoz a trois passions : les bouquins, le Québec et Darnal. Ce qui pour un Suisse, est méritant ! (rires) ils ont donc parlé de moi entre eux.
Et puis un jour j’ai croisé Jobin sur un plateau de télé : « J’ouvre une boite prochainement dans le vieux Limoilou, m’annonce-t-il. Je vais l’appeler Aux Oiseaux de Passage. Je te paye le voyage. Tu vois. Si ça te plaît, tu prends ta guitare … et tu chantes quelque chose ». J’ai relaté l’anecdote dans mon livre Retour au Québec en la transformant un peu. Je n’avais plus remis les pieds là-bas depuis vingt-cinq ans et puis voilà qu’on me sollicite pour un bouquin de nouvelles, pour un récital, pour un nouveau disque !
J’ai même eu la joie – toujours grâce à Sandoz – de pouvoir « ressortir » le Raoul », publié en 1977 par un petit éditeur du Nord ».

"Merci à Denis Petermann, un Suisse, québécois depuis plus longtemps que les vrais de vingt ans, avec qui nous avons partagé son Dimey : "Les enfants de Louxor", "Syracuse"

Jehan, un des artistes du festival Limoilou m'en  chante (Photo collection Pierre Jobin)
Jehan, un des artistes du festival Limoilou m'en chante (Photo collection Pierre Jobin)
Amitié encore comme le raconte avec force détails et anecdotes les très belles pages que Jehan – un des artistes invités au festival Limoilou m’enchante » - a rédigé sur son site
Du jeudi 27 janvier au mardi 8 février 2005, Jehan offre plusieurs « chroniques québécoises ». Des textes entre émotion et lucidité, partage et rencontres : des instants de bonheur partagés avec le public sur scène et avec Pierre Jobin en coulisses et sur les routes verglacées.
N’en relevons qu’un extrait en date du vendredi 28 janvier 2005.
«Je viens donc de chanter à l'ancien "Aux oiseaux de passage", un lieu mythique pour la chanson. Dans l'intimité d'un anniversaire, la soirée fut chaleureuse, de cette chaleur qu'ils ont dans le cœur à défaut de l'avoir dehors et cela vaut de l'or. Ce lieu est maintenant fermé, les oiseaux ont migrés sous d'autres cieux. Par contre, ici, impossible d'embrouiller dans les paroles. Ils connaissent Dimey à fond. Ce sont des aimeurs et cela me comble (…)
Et quelques jours plus tard de retour de Saint-Pierre et Miquelon, Jehan offrira encore ses chansons à un public des plus attentifs, à au Rameau d'Olivier, restaurant de la rue Maguire, dans la ville de Québec.
D’où ces impressions datées du 8 février : « Ces gens d'ici m'ont fait un bel accueil, et ce soir particulièrement. Le spectacle était comme je les aime et ils y étaient pour quelque chose tous ces gens. Cela s'est passé dans un resto plutôt algérien. Le patron, le couscous étaient parfaits. Dans le public, "les oiseaux de passage" avaient retrouvé un nid.
Dimey était au rendez-vous, il n'y avait qu'à se laisser faire. Cela aurait pu durer plus longtemps, c'est sûr, le temps de nous faire croire que cela ne s'arrêterait pas. En arrivant, tous étaient contents d'être là, comme privilégiés. Moi j'étais très ému de tant d'attentions. Quel beau partage. Merci à Denis Petermann, un Suisse, québécois depuis plus longtemps que les vrais de vingt ans, avec qui nous avons partagé son Dimey : "Les enfants de Louxor", "Syracuse".

Jean-Marie Vivier : "Au mois d'octobre 1977, Félix Leclerc me demande de venir chanter au Théâtre de l’Ile d’Orléans à Québec par l'intermédiaire de Pierre Jobin qui me fera revenir plusieurs fois dans d'autres lieux"

Limoilou  M’en Chante : Le nouveau défi de Pierre Jobin (1/3)
Autre témoignage sur les relations entre Jobin et les artistes avec l’auteur-compositeur-interprète Jean-Marie Vivier
«Au mois d'octobre 1977, Félix Leclerc me demande de venir chanter au Théâtre de l’Ile d’Orléans à Québec par l'intermédiaire de Pierre Jobin qui me fera revenir plusieurs fois dans d'autres lieux. C'est là que j'ai rencontré Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, et Gilles Vigneault. C'est tout naturellement à l'Ile d'Orléans que Nathalie, la fille de Félix, a créé L'Espace Félix Leclerc. C'est un lieu où j'ai l'impression de me retrouver en famille.
En 2003, Pierre Jobin produit un CD de mon récital aux Oiseaux de Passage à Québec. En 1985, la SFPP cesse son activité et je me retrouve sans disques. Une association de la Drôme, " Les Ateliers du Spectacle ", m'organise des concerts sur la région et produit plusieurs cassettes. C'est au cours d'un de ces spectacles que je fais la connaissance de Yannick Mathias. Nous parlons beaucoup, de chanson bien sûr, de Félix Leclerc, de Mélina Mercouri et d'autres. A partir de ce soir-là, une longue période de productivité et de complicité commence »

Micheline Bouzigon, Céline Caussimon, Calixte Dugay et Pierre Létourneau

Claude Léveillé, Claude Gauthier et Pierre Letourneau en 1985 (Photo collection Pierre Jobin)
Claude Léveillé, Claude Gauthier et Pierre Letourneau en 1985 (Photo collection Pierre Jobin)
Qui écrira un jour l’histoire de tous ces lieux animés par Pierre Jobin ? Il y aura toujours chez lui une passion cultivée avec gourmandise, avec l’envie de faire connaître et reconnaître du public des créateurs qui ne retiennent pas toujours l’attention des médias.
D’où ses coups de cœur colorant chaque annonce de programmation pour ses Oiseaux de Passages, au coin de la 5ième Rue et de la 4ième Avenue. Un exemple parmi d’autre relevé à la date du 6 novembre 2001 sur le site Québec Info Musique.
« La boîte Aux Oiseaux de passage située à Limoilou, un des premiers quartiers de Québec, maintient une programmation axée sur la chanson poétique et propose à nouveau cette année des activités exclusives à ses membres.
Chaque mois depuis le printemps 2001, on y célèbre la soirée L'Âme des poètes, consacrée à un artiste ou à une expérience musicale donnée, au cours de laquelle le public est invité à mesurer ses souvenirs et ses connaissances, tandis que les artistes présents rendent hommage au héros de la fête. Pour la présente saison, L'Âme des poètes rendra hommage, respectivement, aux multiples boîtes à chansons de nos prolifiques années 60, le 21 novembre, et à Yves Montand le 12 décembre ».
D’où la programmation annoncée pour cette fin d’année 2001: 3 novembre: Calixte Duguay (Acadie) ; 8 et 9 novembre: France Léa (France) ; 10 novembre: Village global (création à distance: Québec, Montréal, Nouvelle-Écosse) ; 11 novembre: Germano Rocha (Portugal) ; 14 novembre: Jean-Claude Darnal (lancement de disque) ; 15, 16 et 17 novembre: Micheline Bouzigon, Rappelle-toi Barbara ; 21 novembre: L'Âme des poètes célèbre les Boîtes à chansons. Invité spécial: Pierre Létourneau; 23, 24 et 25 novembre: Céline Caussimon (France) ; 30 novembre et 1er décembre: Jacques Bertin (France) ; 6 décembre: Colombe Dufour ; 7 et 8 décembre: Tex Lexor ; 12 décembre: L'Âme des poètes célèbre Yves Montand.
En somme une programmation mettant toujours à l’honneur les répertoires les plus divers avec une ligne de conduite : une chanson de qualité.

"Jacques Bertin n'était même pas au courant qu'on l'enregistrait au moment du spectacle"

8 août 2008, soirée hommage à Félix Leclerc avec Jacques Bertin entouré ici par Pierre Jobin et Elizabeth Gagnon
8 août 2008, soirée hommage à Félix Leclerc avec Jacques Bertin entouré ici par Pierre Jobin et Elizabeth Gagnon
2001 aura été une année fertile en initiatives artistiques ! En plus des rendez-vous artistiques aux Oiseaux de Passages, Pierre Jobin mène de front une autre passion : la production de « disques intimes » selon l’expression du site de Richard Baillargeon (5 décembre 2001)
.«De tous les nomades qui viennent nicher tour à tour Aux Oiseaux de passage, la sympathique boîte de la 4ième Avenue dans le quartier québécois de Limoilou, quelques-uns laisseront à leur auditoire des traces tangibles.
En plus des souvenirs personnels que chaque personne ramène d'une soirée de chansons, quelques-uns ont déjà gravé leurs chansons sur DC, selon une formule gardant à chaque œuvre le cachet le plus près de son origine, généralement un seul instrument et la voix, le tout à l'initiative de l'équipe de la boîte en question. C'est ainsi qu'en cet automne 2001, deux albums ont été lancés au cours du mois de novembre. Il s'agit cette fois-ci d'auteurs-compositeurs-interprètes d'outre-Atlantique qui ont particulièrement vibré à l'ambiance des lieux et ont voulu en prolonger l'expérience pour la postérité ».
D’où deux CD réalisés sous l’égide des Oiseaux de Passage, le 14 novembre avec Jean-Claude Darnal pour Nature, recueil de chansons inédites, et le 28 "Jacques Bertin Aux Oiseaux de passage", en l’occurrence son récital du 1er décembre 2000.
L’enregistrement de cet album live a suscité d’intéressants commentaires dans le quotidien du Soleil (30 novembre 2001) sous la plume de Jacques Samson
Sous le titre « Jacques Bertin un pan de la grande chanson française », le journaliste raconte. « Jacques Bertin, ce monsieur qui par ses interprétations et par ses chansons est tout un pan de la belle et grande chanson française, nous fait l'honneur de sa visite, d'abord pour lancer un album live et ensuite pour nous livrer trois spectacles, aujourd'hui, demain et dimanche, aux Oiseaux de passage, sur la 4e Avenue à Québec.
La première fois qu'il s'est amené au Québec, c'était en 1983 et depuis, il nous a fait le plaisir de sa visite au moins une trentaine de fois pour des spectacles ou pour l'écriture d'un livre sur Félix Leclerc.
Hier, il était dans la petite boîte de Limoilou, pour offrir son album Jacques Bertin aux Oiseaux de passage, le deuxième de cette nouvelle maison de disques et qui regroupe 22 chansons enregistrées en décembre 2000 à l'occasion d'un spectacle de l'auteur-compositeur français ».
Et le journaliste de préciser que Bertin n’en est pas à son premier album live : « Il en a au moins trois, mais ce dernier a été fait dans des conditions plutôt particulières, un peu à son insu. Les lives qu'il a faits précédemment avaient été préparés, planifiés, enregistrés, préenregistrés, mais celui qui nous occupe, il n'était même pas au courant qu'on l'enregistrait au moment du spectacle. Ce n'est qu'après que Pierre Jobin, le patron des Oiseaux de passage, boîte et maison de disques, lui a fait entendre l'enregistrement et l'a convaincu de le graver sur un album».

"Le seul endroit où l'on peut retrouver la chanson dans son état le plus près de son point de création"

En compagnie de Romain Didier (Photo collection Pierre Jobin)
En compagnie de Romain Didier (Photo collection Pierre Jobin)
Au fil des ans Les Oiseaux de Passage se sont imposés comme un des haut-lieux de la chanson francophone au Québec.
D’où ce constat publié le 25 avril 2002 par le journaliste Nicolas Houle sur le site culturel Voir : « « Il y a près de trois ans, Pierre Jobin inaugurait Aux oiseaux de passage, sa petite boîte à chansons sise au 499 de la 4e Avenue, à Limoilou. La vieille banque qu'il venait d'acquérir en vendant sa demeure de l'île d'Orléans était appelée à changer de vocation: le sous-sol deviendrait une loge, le rez-de-chaussée, une salle de spectacle et les étages supérieurs, des bureaux et des résidences. Quant à la chambre forte, elle abriterait désormais de précieuses archives, dont quelques bandes maîtresses des enregistrements de Félix Leclerc ».
Exploit est dans doute le terme convenant le mieux à l’histoire des Oiseaux de Passage en cette année 2003.
« Six cents représentations plus tard, force est d'admettre que celui qui a dirigé le Petit Champlain durant près de 15 ans a fait des miracles. Avec peu de moyens, il a su remplir plus souvent qu'autrement les quelque 80 sièges de sa petite salle. "C'est de plus en plus facile pour nous, tout en gardant la nuance que ce n'est pas facile, indique-t-il. On a été chanceux d'hériter des "derniers vieillissants" comme Graeme Allwright ou Jacques Bertin, qui nous ont amené du monde. Les gens, en redécouvrant ces artistes, ont découvert la spécificité du lieu: le seul endroit où l'on peut retrouver la chanson dans son état le plus près de son point de création. On essaie toujours que les artistes, même connus, se remettent en état de virginité première en se produisant en solo ou en duo et ça a répondu à un besoin."
Pas question de réduire Les Oiseaux de Passage à une simple salle de spectacle. Et Nicolas Houle de préciser ainsi sa pensée : « Pierre Jobin parle de "lieu de rencontre pour les amoureux de la chanson" et il a sans doute raison.
Car outre les Isabelle Mayereau, Stephen Faulkner et consorts, la boîte accueille ou chapeaute une foule d'activités reliées de près ou de loin à la chanson: discussions gratuites où Jobin fait le portrait d'un artiste, parutions d'albums, dont ceux de Jacques Bertin et de Jean-Claude Darnal, voyages à Paris sur les traces des chansonniers, etc ».

"Mon rêve, c'est de trouver un jeune qui va continuer l'aventure"

Chansons, poésie et musique aux Oiseaux de Passage
Chansons, poésie et musique aux Oiseaux de Passage
Et ce n’est pas tout car Pierre Jobin nourrit alors un autre rêve : lancer sous l’égide des Oiseaux de Passage un lieu de mémoire, comme il l’avait souhaité pour Le Théâtre du Petit Champlain. D’où cette confidence au journaliste : "Le centre de chanson qui n'a jamais existé, je veux le mettre en opération aux Oiseaux de passage pour qu'il soit au moins à la disposition des chercheurs. On est présentement à mettre ces archives à jour et on veut tout faire pour mettre ça en valeur, même si on manque de place."
Qualifiant les Oiseaux de Passage de « nid douillet, nid fragile », Nicole Houle situe l’impact de ce lieu bien au-delà de Limoilou : « Preuve que la petite boîte à Pierre Jobin répond à un besoin et participe à la vie culturelle de la région, elle compte quelque 300 membres et de nombreux mécènes qui n'ont pas hésité à débourser des sommes allant jusqu'à 7000 $ pour que la chanson reste en vie à Québec. "On arrive à une période où des gens qui ont assisté régulièrement à nos spectacles viennent me dire: "Si tu fais revenir tel artiste, je paie son billet d'avion", c'est incroyable ! raconte Jobin, tout sourire. Ce qu'on n'est pas encore arrivés à faire, c'est de convaincre les gens de faire leurs propres choix de sorties, de prendre des chances. On veut qu'ils s'autoalimentent, qu'ils deviennent des espèces d'antennes et ça commence à porter fruit tranquillement..."
Reste évidemment la question financière sujette à bien des obstacles, comme expliquée sur le site de Voir.
En effet, malgré « toute la bonne volonté du public, les Oiseaux de passage, même en faisant salle comble à l'année, ne sauraient prétendre à l'autonomie ou à la permanence. Aussi, après s'être efforcé de trouver tous les moyens de financement possibles durant trois ans, Pierre Jobin, fier du chemin parcouru, espère qu'il pourra consolider ses acquis et garantir un avenir à la chanson qu'il chérit grâce à des organismes subventionnaires. "Mon rêve, c'est de trouver un jeune qui va continuer l'aventure, confie-t-il. On doit développer des subventions, ne serait-ce que pour assurer la pérennité du lieu, et pour pouvoir transférer cette expertise-là à quelqu'un d'autre. Car sinon, le jour où je vais m'arrêter, ça va s'arrêter, et j'ai maintenant 59 ans... Ce n'est pas la peine d'avoir fait tout ça pour que ça s'arrête."
D’où l’importance de la seconde campagne de financement lancée pour les Oiseaux de passage, il n’y avait qu’un pas.
Et Pierre Jobin l’explique de la sorte : « On espère amasser 40 000 $ et faire passer le nombre d'adhérents de 300 à 600. Il en coûte 20 $ pour être membre régulier, 50 $ pour être membre de soutien et 250 $ pour être membre corporatif. Un encan aura également lieu à la petite salle le 4 mai prochain à 14 h. Disques d'occasion et biens ayant appartenu à des artisans de la chanson seront mis en vente ».

Nulle trace d’amertume dans la décision de tourner la page des Oiseaux de Passage qui n’aurait jamais pu fonctionner sans l’indéfectible soutien de Renée Marcoux

Mai 2007, Nogent : au premier plan à gauche Renée Marcoux, face à Pierre Jobin avec un groupe de Québécois chantant en l'honneur des bénévoles du festival Dimeyain de chanter
Mai 2007, Nogent : au premier plan à gauche Renée Marcoux, face à Pierre Jobin avec un groupe de Québécois chantant en l'honneur des bénévoles du festival Dimeyain de chanter
« Nouvel envol » titrait le 17 juin 2004 Patrick Ouellet sur Québec Info Musique, en annonçant l’imminente fermeture des Oiseaux de Passage.
Annoncé à l’automne 2003, l’événement sonnait le glas d’une certaine époque. Celle des boîtes à chansons et autres café-théâtre. L’occasion de lancer quelques points de repère : « Il y eut d'abord les premières boîtes à chanson à l'aube des années 60. Vinrent ensuite les théâtres d'été, puis l'inoubliable aventure de secrétaire artistique aux côtés de Félix Leclerc, précédant un séjour mémorable à la barre du Théâtre Petit Champlain. Depuis cinq ans, Pierre Jobin assurait la pérennité de la chanson vivante dans la chaleureuse petite salle Aux Oiseaux de passage, à Limoilou. »
Mais nulle trace d’amertume dans la décision de tourner la page des Oiseaux de Passage qui n’aurait jamais pu fonctionner sans l’indéfectible soutien de Renée Marcoux, assurant la gestion du lieu. Voir le témoignage de Pierre Jobin dans l’entretien publié sur ce webmagazine.
" La chute de rideau sur ce bel épisode ne trahit en rien un échec, bien au contraire; cette dernière saison fut des plus réussies. C'est plutôt une question égoïste de refaire le plein. ( ;..) On a mis des enfants au monde pendant ces années-là, sous forme de disques, de livres et d'artistes... Maintenant, il faut s'en occuper. Et ça demande du temps !". Mais pas question de mettre la clé sous le paillasson sans un dernier dans ce lieu qui fut une banque avant de devenir un des haut-lieux de la chanson d’expression française dans la ville de Québec. Et Pierre Jobin d’insister sur deux artistes de générations différentes.
"Je voulais un spectacle qui réunirait des gens avec qui j'ai commencé il y a 40 ans, puis des gens que j'ai découverts ces dernières années » Et de parler d’un « auteur-compositeur extraordinaire, nommé Lawrence Lepage, que les gens ont connu un peu; il a 72 ans maintenant... Il a fait seulement deux longs jeux mais plusieurs de ses chansons ont fait le tour du monde, comme Mon vieux François, qui a été chantée par au moins 30 personnes; les gens en France pensent que c'est du folklore! ».

Lawrence Lepage et Steve Normandin auront donc été les deux derniers chanteurs programmés aux Oiseaux de Passage, les 18 et 19 juin 2004

Dans les archives de Pierre Jobin
Dans les archives de Pierre Jobin
L’autre artiste est bien connu des lecteurs de ce webmagazine : Steve Normandin auquel nous avons consacré un article le 4 mai 2010. D’où cette confidence de Pierre Jobin : « Ma découverte quand j'ai commencé ici en 1999, c'est Steve Normandin, qui avait 24 ans à l'époque. C'est une espèce d'encyclopédie de la chanson française, qui doit en connaître 3000 par cœur ».
Dans le long entretien qu’il nous avait accordé, Steve parlait avec reconnaissance de son expérience aux Oiseaux de Passage et de Pierre Jobin. C’est dans cette salle ouverte fin août 1999 à Limoilou qu’a eu lieu le premier contact entre Steve et Clémence Desrochers : une rencontre en avril 2002 « dans le cadre d’une levée de fond pour cette salle empreinte de l’esprit « boite à chanson ».
Pierre Jobin aura été une rencontre déterminante pour Steve Normandin : « Il est celui qui m’a permis de faire mon université en chansons, en m’ouvrant les portes des Oiseaux de Passage, et pas seulement pour accompagnateur ! C’est là que j’ai appris les ficelles de mon métier, à voir chanter les autres. Monsieur Jobin m’a permis de voir les spectacles des autres artistes : Sylvain Lelievre, Ricet Barrier, Pierre Barouh, Danièle Oddera, Anna Prucnal, et tant d’autres encore ».
Aux Oiseaux de Passage, Steve participera « en tant que pianiste tout à faire » à une belle aventures nommée « L’âme des poètes ». Un mercredi par mois il accompagne des personnes interprétant une ou deux chansons. Pas nécessairement des gens du métier : « J’ai aussi beaucoup découvert dans ces rendez-vous réguliers, notamment certaines chansons de Jean-Roger Caussimon ».
Ces soirées étaient axées soit sur un artiste (Félix Leclerc, Yves Montand, Charles Aznavour, Michel Sardou, Charles Trenet, etc.) soit un thème. Le public était invité à chanter avec celui ou celle se trouvant sur scène, des feuilles étant remises à l’entrée de la salle.
Pas étonnant donc que Steve ait répondu présent à l’Espace France, en novembre 2007 pour la fameuse soirée de soutien à la revue Chorus. Soirée durant laquelle il interprétera plusieurs chansons avec un autre de ses complices, Denis Petermann, artiste d’origine suisse établi depuis plus de 30 ans au Québec. Lawrence Lepage et Steve Normandin auront donc été les deux derniers chanteurs programmés aux Oiseaux de Passage, les 18 et 19 juin 2004.

Mai 2008, Nogent : discussion avec Allain Leprest
Mai 2008, Nogent : discussion avec Allain Leprest

"Fini les cabarets de Gérard Thibault, les petites boîtes aux chansons de la rue St-Jean"

Avec Gérard Thibault
Avec Gérard Thibault
La fermeture des Oiseaux de Passage annoncée par Patrice Ouellet aura suscité diverses réactions de la part de passionnés de la chanson sur internet, tels Marc Audet le 23 juin 2004 sous le titre « Ce n’est pas qu’une fermeture, c’est un deuil ».
"Est-ce une nostalgie, un préjugé en faveur du fait que la poésie est déjà musique et qu'elle meurt toujours un peu de trop de décibels, ou bien le fait que les lieux véritablement réservés à la chanson poétique se font si rares qu'on en voit à peine sinon plus du tout qui font que cette fermeture ressemble à un deuil.
Il est indéniable en tout cas que c'est une page d'histoire de la chanson et du Québec qui se tourne avec cette fermeture. Fini les cabarets de Gérard Thibault, les petites boîtes aux chansons de la rue St-Jean sur les murs desquelles se sont inscrites bien des paroles bien qu'elles se fussent parfois appelées Page blanche. Bien sûr que nous pouvons toujours diriger nos pas un peu plus loin pour y entendre ces chansons poétiques, mais les Oiseaux de passage étaient situés dans un quartier qui était aussi celui de Sylvain Lelièvre et cette double disparition nous laissent un peu sans voix ».
C’est dans L’Autre Caserne, une salle de Limoilou, qu’un bel hommage a été rendu à Pierre Jobin à l’occasion de la fermeture des Oiseaux de Passage. Organisée par Les Amis des Oiseaux de Passage, la soirée aura réuni le 20 mars 2004 Pierre Barouh, Jacques Bertin, Pierre Calvé, Jean-Claude et Julie Darnal, Caroline Desbiens, Colombe Dufour, Louisette Dussault, Alain Lecompte, Lawrence Lepage, Marc Lepage, Raymond Lévesque, Valérie Lou, Monique Miville-Deschênes, Danielle Odderra et Roberto Medile, Denis Petermann, Élise Velle, Zaneth. «Et plusieurs autres, certains venus de Suisse, de France ou du Japon pour lui rendre hommage en parole et en musique » selon le site de Richard Baillargeon qui rend compte de l’événement en ces termes.
« Ils étaient une bonne quinzaine à se relayer sur la scène de L'Autre Caserne, et presque autant à livrer leurs messages, en personne ou à distance, en ce samedi 20 mars. La raison de tout ce remue-ménage? Un coup de chapeau à cet infatigable promoteur de la chanson d'auteur au Québec: Pierre Jobin. L'homme célébré par ce rassemblement a fondé sa première boîte en 1964; il est, actuellement encore, capitaine du lieu de diffusion Aux Oiseaux de passage, à quelques pas de L'Autre Caserne. Entre ces deux initiatives, il aura été gérant d'artiste, ami et confident de plusieurs d'entre eux, tout spécialement Félix Leclerc qu'il a accompagné sur les routes d'Europe et du Québec pendant plus de 15 ans. (…)
L'animatrice de la soirée était nulle autre qu'Élizabeth Gagnon de la Chaîne culturelle de Radio-Canada. Pourra-t-on espérer une diffusion radio, étant donné que les places, sitôt la tenue de l'événement annoncée, se sont envolées comme une nuée d'oiseaux ».

Dialogue avec Bernard Joyet au Festival Dimey à Nogent, mai 2008
Dialogue avec Bernard Joyet au Festival Dimey à Nogent, mai 2008

"Sur scène, un clavier, des micros et une grande photo de Félix qui «veillera» sur ses amis"

Témoignage de Raymond Levesque sur la scène du Cercle
Témoignage de Raymond Levesque sur la scène du Cercle
Cette fête de la chanson francophone synonyme d'hommage à Jobin aura mis sous les projecteurs ce 20 mars 2004 un homme qui préfère agir - depuis plusieurs décennies - dans l’ombre. Et certains de ces artistes étaient d’ailleurs au rendez-vous quatre ans plus tard lors d’une soirée organisée pour le 20ème anniversaire de la disparition de Félix Leclerc.
«C'était un peu frustrant de voir qu'il ne se faisait rien en hommage à Félix à Québec !» lançait Pierre Jobin dans le quotidien québécois Le Soleil (2 juillet 2008). Et la journaliste Marie-Josée Nantel de préciser que le 8 août, Johanne Blouin présentera un spectacle consacré à l'œuvre du chanteur à l'Espace Félix-Leclerc sur l'île d'Orléans, et que du 11 au 13 septembre, Richard Séguin rendra aussi hommage à son ami dans le cadre de son spectacle.
D’où ce commentaire de Pierre Jobin : « C'est un beau coup de chapeau de Richard, mais ces deux hommages représentent la perspective de deux artistes seulement! On a décidé d'arrêter d'attendre!».
Restait à Pierre Jobin de trouver un lieu pour une telle soirée : «A moins de deux mois de préavis et sans subventions gouvernementales, seule la salle du Cercle était disponible. «Ils ont même accepté de déménager un spectacle pour faire plaisir à ceux qui aiment Félix», précisait alors Pierre Jobin.
Inoubliable soirée à laquelle j’ai eu la chance d’assister.
« Un vibrant merci à Félix Leclerc » selon Stéphanie Bois-Houde, dans Le Soleil (10 août 2008) : « Plus de 200 personnes auront vibré à l'unisson pendant cette Nuit blanche Félix, collage de morceaux d'humanité livrés par 14 invités, dont Pierre Calvé et Marie-Claire Séguin, mais aussi l'ami de l'Île, le comédien Paul Hébert, et le troubadour Raymond Lévesque.
Sur scène, un clavier, des micros et une grande photo de Félix qui «veillera» sur ses amis tandis qu'ils le fêtent selon les règles de la camaraderie, improvisant ici et là des bulles d'intimité. D'un «merci Félix» invitant à des applaudissements, la maîtresse de cérémonie Elizabeth Gagnon ouvrira la fête. «La musique, c'est fait pour s'envoler comme un traîneau sur la neige», écrivait le poète. Elle s'envolera dès l'apparition d'images d'archives présentant le «grand chêne rouge de l'île d'Orléans» gratter à sa guitare Le tour de l'île. Le Suisse Denis Petermann cassera ensuite la glace en interprétant Le roi heureux, suivi par Micheline Bouzigon (Notre sentier) à la théâtralité digne de Barbara ».

En coulisses Pierre Calvé fait la connaissance de Vyvian Cayol et Jean-Yves Liévaux (Alcaz)
En coulisses Pierre Calvé fait la connaissance de Vyvian Cayol et Jean-Yves Liévaux (Alcaz)

"Le duo marseillais Alcaz le surprendra avec une chanson écrite spécialement pour lui"

Pierre Jobin accueilli sur scène par Alcaz qui vient d'interpréter la chanson
Pierre Jobin accueilli sur scène par Alcaz qui vient d'interpréter la chanson
Et si Félix était à l’honneur tout au long de la soirée, Pierre Jobin n’a échappé à un coup de chapeau particulier.
« Bien malgré lui, Pierre Jobin aura lui aussi droit à sa part d'hommage lors de cette grand-messe. Le duo marseillais Alcaz le surprendra avec une chanson écrite spécialement pour lui. «Pierre Jobin qui nous a baladés dans Limoilou et parlé de vos poètes (...) Québec, la ville en face de l'Île», enchaîne-t-il à la suite d'une version irrésistible, façon jazz manouche, du P'tit bonheur. «Personne d'autre dans cette putain de ville n'a pensé à organiser un grand rassemblement Félix?» lancent-ils en conclusion impétueuse. Voir le texte intégral de cette chanson après le témoignage d’Alcaz un peu plus loin.
Mémorable sera cette soirée au Cercle, dans la ville de Québec ! Paul Hébert y partagera les regrets d'A avant d’évoquer des souvenirs de Félix au moment de la FrancoFête.
Puis Raymond Lévesque montera sur scène et malgré sa surdité, partagera à l’assistance réjouie anecdotes enracinées dans son expérience en France.
Et Le Soleil de conclure de la sorte : «De numéro en numéro, dont les prestations de Paule Andrée Cassidy, accompagnée de Sylvia Bernier, et de Jacques Bertin, avec une interprétation sentie et mélancolique de L'hymne au printemps, ils ont honoré Félix comme «un roi, un conteur, un cadeau du jour de l'An» pour reprendre les paroles de Il était une fois Félix de Claude Gauthier. En guise de bouquet final, tous les artistes sont montés rejoindre ce dernier pour entamer Bozo. À leurs voix s'est unie celle de l'assistance complice dans un ultime salut à Félix. Chapeau Pierre Jobin ».

8 août 2008 : final avec l'ensemble des artistes sur la scène de Cercle en hommage à Félix Leclerc
8 août 2008 : final avec l'ensemble des artistes sur la scène de Cercle en hommage à Félix Leclerc

"Il m'a proposé de donner 1000 dollars de plus à Raymond Lévesque qui faisait la première partie et d'augmenter ma commission jusqu'à ce qu'il gagne moins de 10 000 dollars"

Un émouvant hommage aura été rendu ce soir-là à Félix Leclerc et également à Pierre Jobin. De quoi se souvenir des liens unissant les deux Québécois comme le racontent François Desmeules et Jean-Simon Gagné dans un article mis en ligne le 6 août 1998 sur le site du magazine Voir
Selon Pierre Jobin « dans tout ce qu'il a entrepris, l'argent n'était jamais primordial. Un jour, en 1976 - l'année des Olympiques - on lui avait offert 20 000 dollars pour un spectacle. Quand il a su cela, il m'a dit: "Es-tu fou? Chanter pour 20 000 dollars? Mon voisin ne gagne même pas cela dans une année! Je ne peux pas faire ça en une soirée!" Finalement, pour toutes sortes de raisons, le cachet a été ramené à 12 000 dollars. Et puis, la veille du spectacle, Félix est venu me voir. Il m'a dit qu'il dormait mal depuis plusieurs nuits à cause de tout cet argent. Il m'a proposé de donner 1000 dollars de plus à Raymond Lévesque (qui faisait la première partie) et d'augmenter ma commission jusqu'à ce qu'il gagne moins de 10 000 dollars. "Comme ça, m'a-t-il dit, cela fait un zéro de moins sur ma paye et je vais me sentir plus à l'aise."»
Pour Pierre Jobin: «Félix est le dernier homme libre. De tous les chanteurs que j'ai connus, il était celui qui était le plus près de son oeuvre. Celui qui ressemblait le plus à ses chansons. Il se décrivait lui-même comme un "homme qui chante" et non comme un chanteur. J'ai souvent réfléchi à ce qui le rendait aussi libre.
L'une des raisons tenait sans doute au fait qu'il s'exprimait dans plus d'un champ d'activité. A côté de la chanson, il y avait aussi le théâtre et le livre, ce qui lui donnait un avantage sur les autres chanteurs ».
Mai 2006 devant Beaubourg face au groupe de Québécois (Photo Sylvie Coulombe)
Mai 2006 devant Beaubourg face au groupe de Québécois (Photo Sylvie Coulombe)

Mai 2006 : visite de la Maison de la Chanson à Paris (Photo Sylvie Coulombe)
Mai 2006 : visite de la Maison de la Chanson à Paris (Photo Sylvie Coulombe)

Ces inoubliables déplacements avec des groupes d’une quinzaine de personnes sur les traces de la chanson française à Paris et en province

Visite d'une oliveraie à Auriol à l'initiative de Jacques Bonnadier (Photo Sylvie Coulombe)
Visite d'une oliveraie à Auriol à l'initiative de Jacques Bonnadier (Photo Sylvie Coulombe)
Voyageur, Pierre Jobin l’aura toujours été. En témoignent ses nombreux déplacements en Europe – France, Suisse, Belgique – pour présenter le film consacré à Félix Leclerc, participer à des Salons du Livre, revoir des amis artistes tel Graeme Allwright, assurer une présence active dans des festivals : tantôt spectateur, voire intervenant sur la chanson québécoise au Festival Bernard Dimey à Nogent, ou alors membre d’un jury présidé par Jacques Bertin au festival de Barjac
Sans oublier ces inoubliables déplacements avec des groupes d’une quinzaine de personnes qu’il entraînera à plusieurs reprises sur les traces de la chanson française à Paris et en province, entre découverte de lieux mythiques ou rencontres avec des artistes. Voir plus loin en 2ème partie du dossier le témoignage de Jacques Bonnadier. L’écrivain et journaliste marseillais a même emmené un groupe de Québécois chez Jean-François et Nelly Margier, propriétaires d’une l'oliveraie où les visiteurs ont dégusté un aïoli préparé par Jacques Bonnadier !
Pierre organisera plusieurs voyages en Europe avec ses « oiseaux de passage ». Notamment plusieurs fois à Paris et Marseille en 2004, 2006 et 2007. Il emmènera le groupe à Pézenas pour découvrir l’Espace Bobby Lapointe et partager un repas chez sa fille Ticha : ambiance garantie avec musiciens, chanteurs, guitaristes. Le groupe de Québécois découvrira aussi le Théâtre du Toursky de son ami Richard Martin.

Montmartre, Saint-Germain-des-Prés, Pigalle, Père-Lachaise, Bobino, Olympia, l'Écluse et Impasse Florimont

A la découverte du 5ème arrondissement avec Jacques Bertin et Pierre Jobin (Photo collection Sylvie Coulombe)
A la découverte du 5ème arrondissement avec Jacques Bertin et Pierre Jobin (Photo collection Sylvie Coulombe)
Ces escapades en Europe sous l’égide de la chanson ne passent pas inaperçues au Québec. D’où le commentaire suivant le 6 novembre 2002 sur le site Québec Info Musique : « Autre tradition qui s'implante lentement dans l'univers des Oiseaux de passage: le voyage annuel à la découverte du Paris des rues et des chansons de ses bardes et amants.
Suite à l'expérience réussie du printemps 2001, Pierre Jobin se fera à nouveau guide parisien au cœur des quartiers et des rues qui ont inspiré tant d'histoires et de refrains immortels: Montmartre, Saint-Germain-des-Prés, Pigalle, sans oublier le cimetière du Père-Lachaise. Les visiteurs y visiteront aussi quelques adresses légendaires comme Bobino, le Lapin agile, l'échelle de Jacob, l'Olympia, l'Écluse ou l'Impasse Florimont ».
Autant de repères historiques et géographiques auxquels le conférencier Pierre Jobin offre – avec rigueur et humour -un éclairage qui en dit long sur sa passion pour la chanson. En témoigne par exemple sa programmation de Rémo Gary venu pour la première fois au Québec en juin 2009, comme le raconte le 13 août 2010 sur son blog Fred Hidalgosicavouschante.over-blog.com/article-la-lune-entre-les-dents-55351289.html créateur de Chorus.
« (…) Rémo Gary dont c’était la première venue au Québec. Accompagné de sa pianiste Clélia Bressat-Blum, sans autre artifice de scène qu’un répertoire exceptionnel qu’il investit et incarne intensément, il a charrié un torrent de haute poésie qui, après un moment de surprise et d’adaptation nécessaire, a déchaîné l’enthousiasme du public. (...) Dans l’assistance, un couple d’abonnés de Chorus venus spécialement de Montréal pour assister à cette prestation du Franc-Comtois… Rebelote le lendemain 20 heures, puis quelques jours plus tard à Québec grâce à Pierre Jobin et… “Aux oiseaux de passage”, son réseau d’amoureux de la chanson ; enfin à Montréal où, comme le dit la chanson, Rémo Gary reviendra tôt ou tard armé de sa poésie chargée de futur».
Site à visiter : Festival Limoilou m'en chante

Grand voyageur, Pierre Jobin demeure plus que jamais attaché au quartier de Limoilou.

Repas partagé à Pézenas chez la fille de Bobby Lapointe, Ticha debout à gauche ( Photo collection Sylvie Coulombe)
Repas partagé à Pézenas chez la fille de Bobby Lapointe, Ticha debout à gauche ( Photo collection Sylvie Coulombe)
Grand voyageur, Pierre Jobin demeure plus que jamais attaché au quartier de Limoilou. Et à travers ses initiatives le souvenir de Sylvain Lelievre
Evidemment le temps béni des boites à chanson - et des Oiseaux de Passage - est révolu mais certains artistes ne l’ont pas oublié. En témoigne un article de Geneviève Riel-Roberge dans le Soleil (24 novembre 2007) sous le titre « Les boîtes à chanson renaissent avec Pierre Calvé ».
« Qui dit boîtes à chanson dit Pierre Calvé. Celui qui compte 46 ans de métier a affirmé que les habitués des boîtes à chanson d’époque se replongeront dans la même atmosphère avec plaisir. « Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a pas grand-chose qui a changé. Quand on peut arriver à performer dans un endroit comme l’Intendant, c’est comme les Oiseaux de passage, c’est vraiment la même atmosphère.
L’Intendant est la salle qui ressemble le plus aux Oiseaux de passage, boîte de Pierre Jobin, que j’ai adorée aussi » a mentionné l’artiste. M. Calvé précise toutefois que le public qui l’a suivi depuis ses débuts a vieilli avec lui: «Les étudiants qui venaient à mes spectacles en 1961-1962-1970 amènent maintenant leurs enfants… qui ont 40 ans». C’est la preuve, comme le précise le chanteur, que la chanson est un art destiné à tous. »
Au fil des années, de par son exceptionnelle expérience dans le monde de la chanson au Québec, Pierre Jobin aura aussi été plus d’une fois sollicité pour témoigner d’une époque, d’un artiste.
Certains de ces témoignages ont été réalisés pour la Première Chaîne de Radio-Canada par Elizabeth Gagnon.
A découvrir dans des documentaires radiophoniques consacrées à des destins comme Raymond Levesque
ou bien Sylvain Lelièvre

Nogent mai 2007 : repas du groupe québécois venu au Festival Dimey (Photo Philippe Savouret)
Nogent mai 2007 : repas du groupe québécois venu au Festival Dimey (Photo Philippe Savouret)

Ce document radiophonique signé Elizabeth Gagnon permet de mieux comprendre le contexte géographique et social dans lequel est organisé le premier festival « Limoilou m’en chante ».

Ah Sylvain Lelièvre ! Une émission que devrait savourer toute personne sensible son œuvre, au quartier de Limoilou et aux initiatives menées par Pierre Jobin en faveur de l’artiste-symbole de ce quartier de la basse ville de Québec.
En effet, Sylvain Lelièvre a souvent évoqué le quartier de son enfance. Pas étonnant donc qu’Élizabeth Gagnon marche - micro en main - sur les traces du chanteur et rencontre ses frères et sa sœur. S’y ajoutent d’autres témoignages, dont des camarades d’école et son professeur de philosophie racontent « leurs belles années à l’externat Saint-Jean-Eudes ».
Sans oublier Gilles Vigneault qui fut le premier producteur et éditeur de Sylvain Lelièvre. Il « parle du jeune homme qui lui a demandé conseil ». Pierre Jobin, son premier agent, y parle de l’importance de Limoilou dans le répertoire de Sylvain. A écouter sur Radio Canada
Pas de doute : ce document radiophonique signé Elizabeth Gagnon permet de mieux comprendre le contexte géographique et social dans lequel est organisé le premier festival « Limoilou m’en chante ».
Raymond Levesque, Sylvain Lelievre : le terme d’amitié n’est pas exagéré en évoquant les liens tissés par Jobin avec ces créateurs. Car chez lui, ce mot ne se réduit pas aux paroles.
En témoigne son engagement à Marseille aux côtés de Richard Martin. Ce comédien et grand ami de Léo Ferré est directeur de la compagnie qui gère depuis de nombreuses années le Théâtre Toursky, à Marseille. Un passionné prêt à manifester, voire à se mettre en danger si les circonstances l’exigent.
Pierre connait depuis 1974 ce créateur qui a fait à deux grèves de la faim pour sauver son théâtre, la dernière à l'automne 2009. De là à retrouver Pierre Jobin dans la liste des membres du comité de soutien à Richard Martin, il n’y qu’un pas.
Une démarche collective où « Pierre Jobin en qualité d’ »agent artistique » apparait aux côtés de nombre d’artistes, dont Pierre Perret, Guy Bedos, Anne Sylvestre, Pierre Arditti, Marie Laforêt.
Voir la liste détaillée des soutiens en ligne le 10 octobre 2009 par « Lestrois coups.com, journal quotidien du spectacle vivant »
Avec un groupe québécois dans les rues de Paris en 2004 (Photo collection Pierre Jobin)
Avec un groupe québécois dans les rues de Paris en 2004 (Photo collection Pierre Jobin)

Pas question de demeurer enfermé dans ses centaines de kilos d'archives accumulées dans la grande maison de Limoilou

Le temps de rester chez soi avec les dossiers et les souvenirs n'est pas encore venu
Le temps de rester chez soi avec les dossiers et les souvenirs n'est pas encore venu
Aujourd’hui Pierre Jobin se retrouve une nouvelle fois à la croisée des chemins. Pas question pour lui de demeurer enfermé dans ses centaines de kilos d'archives accumulées dans la grande maison de Limoilou. Comme il le confie, le temps d’écrire ses Mémoires n’est pas encore venu. Pourtant les souvenirs sont légion !
« Il aurait fallu écrire un livre à partir de l'entrevue qu'il nous a accordée » raconte Isabelle Porter (De Devoir 20 mars 2004) dans « Le compagnon de la chanson », article publié à l’occasion des 40 ans de métier de Jobin.
Raconter sa vie ? Le moment n’est pas encore venu comme il l’explique dans l’entretien à cœur ouvert ci-dessous. Tout juste a-t-il pris le temps de rédiger une préface pour un livre de la Franco-Ontarienne Jacqueline Boucher, sur Jean-Pierre Ferland. Paru en 1971, ce livre publié à Ottawa a été peu diffusé au Québec.
Lui qui avoue ne jouer d’aucun instrument et ne pas chanter juste continue plus que jamais son voyage au pays d’une chanson francophone entre hier et demain. Et il suit de près la trajectoire artistique de certains artistes n’ayant pas connu Félix Leclerc, tels Caroline Desbiens et Moran.
Parlant de Yann Perreau, il lance : «Ne soyons pas inquiets. Il va aller au bout de ses rêves et de ses talents. Il va avoir la dimension d’un Ferland, d’un Vigneault. C’est très fort, magnifique même si ça ne fait pas dix ans qu’il chante ».
S’y ajoute aussi un regard teinté d’enthousiasme sur Steve Normandin qui « se départage entre accompagnateur et auteur-compositeur. Et l’un souffre de l’autre. Je ne lui jette pas la pierre. Il va mettre du temps à arriver à s’inscrire comme auteur-compositeur- dans le cœur des gens. Sa carrière va être très belle, il est très talentueux et possède des facilités artistiques. Quelqu’un de très bien ».
Sensible à l’évolution de son cher quartier de Limoilou, il a déposé au printemps 2010 un projet culturel suite à un appel lancé par la mairie sur l’avenir de l’Ancienne Caserne, la salle ayant accueilli la soirée donnée en hommage à ses 40 ans de chansons.

Entre Georges Brassens et Sylvain Lelièvre, une vie au service de la chanson francophone
Entre Georges Brassens et Sylvain Lelièvre, une vie au service de la chanson francophone

le Samedi 18 Septembre 2010 à 16:29 | Lu 6188 fois modifié le Mardi 10 Janvier 2012 - 22:39



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1.Posté par prudhomme le 25/09/2010 22:04
cet ensemble concernant Pierre Jobin est mérité.Sa passion du texte juste lui a donné une vie d'une richesse incroyable.
Le Québec a de la chance d'avoir cet homme comme enfant du Pays.Intéressez vous à ses connaissances et à sa sensibilité.
Merci à lui

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Festival Les Vieilles Charrues : Neil Young programmé !

Festival Les Vieilles Charrues : Neil Young programmé !
Le plus grand festival de rock en FranceLes Vieilles Charrues  de Carhaix, aura lieu du 18 au 21 juin. 
Après Bob Dylan l'année dernière, c'est Neil Young l'une des figures du rock et du folk des années 60 et 70  qui montera sur scène le samedi 19 juin. On attend aussi Elton John, Carlos Santana, le groupe de métal allemand Rammstein, -M-, Raphaël ou Marc Lavoine
Les Vieilles Charrues c'est une belle histoire où tout a commencé par une kermesse au bord de l'eau avec 500 convives réunis autour de grillades et de jeux comme le « Tirer de charrues »
L'année derniière le festival a accueilli 244 000 personnes dont 188 000 entrées payantes.









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